Fiche de lecture de l'ouvrage "philosophie et science-fiction"

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Fiche de lecture

➢ Gilbert Hottois (dir.), Guy Bouchard, Daniel Cérézuelle, François Laruelle, Jean-Noël Missa, Juliette Simont, Isabelle Stengers, Maurice Weyembergh, Philosophie et science-fiction, Vrin, Paris, 2000, 156 pp.

Le présent ouvrage est un travail collectif cherchant à illustrer les liens, a priori plus indéfectibles que l’on ne pense, entre la science-fiction (SF) et laphilosophie. Plus précisément à esquisser « une réflexion sur le sens et l’intérêt de la science-fiction (littéraire et cinématographique, c’est-à-dire narrative) pour la philosophie ». Le phénomène culturel de la SF étant grandissant, la philosophie, dont l’une des tâches est de nous renseigner sur le monde dans lequel nous vivons à l’aide de concepts rigoureux, ne pouvait pas ne pas s’yintéresser. D’autant que selon B. Turber il y aurait eu un transfert, dès le XIXème siècle, de l’émotion du sublime traditionnel vers les sciences et les techniques, et dont la première expression littéraire de ce nouveau sublime serait le roman de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, en 1818. On peut, par ailleurs, distinguer deux grandes orientations : celle de la SF classiquetechnoscientifique, à travers les thèmes des voyages dans le temps et dans l’espace, ayant un rapport idéaliste et métaphysique à la philosophie, et interrogeant le devenir de l’humanité (destruction totale ou accession à la divinité) ; et celle de la SF politico-sociale, émergeant dans les années soixante, projetant la société dans des futurs proches souvent cauchemardesques, étant en cela, proche des utopieset des contre-utopies technoscientifiques.

Cette étude se décline en quatre analyses : celle, générale, de la portée, valeur et signification que la SF peut revêtir pour la philosophie (relation avec les systèmes et pratiques conceptuels des philosophes, liens avec le genre utopique, les courants postmoderne et cyberculturels, rapports avec l’imaginaire mythologique et religieux, etc.) ;l’analyse, à travers des œuvres, d’un thème cher à la SF mettant en évidence sa portée philosophique (les paradoxes temporels, le clonage, les rencontres avec des formes de vie extraterrestre, l’apocalypse, les mutations politiques, etc.) ; l’analyse d’une ou plusieurs œuvres d’un auteur philosophiquement important (Philip K. Dick, Arthur C. Clarke, Aldous Huxley, etc.) ; l’analyse enfin de l’usage faitpar certains philosophes d’expériences de pensée de SF (Thomas Nagel, Jean-François Lyotard, Daniel Dennett, Hartmut Engelhardt, etc.)

Temps et mémoire dans « L’Odyssée de l’espace » d’A. Clarke par Maurice Weyembergh[1]

De Nietzsche à Parménide, de Baudelaire à Platon, le voyage a longtemps été un enjeu des philosophes mais également un thème littéraire traversant les âges. De L’Odysséed’Homère à L’Odyssée de l’espace[2] de Clarke, la filiation est évidente. Qu’il s’agisse de voyager sur la mer pour rejoindre Ithaque ou dans un vaisseau spatial aux confins de l’univers, tout n’est qu’une question de départ et de retour. Clarke fait de multiples références à l’œuvre d’Homère : le prénom du héros (Bawman), le cheval de Troie, les sirènes, la perte de membres de l’équipage, etc. Lesvoyages dans l’espace sont soumis aux aléas dangereux de l’univers : explosions d’étoiles, destructions de planètes, nouvelles formes de vie dans de nouvelles galaxies... Cela entraîne une nouvelle perception de la terre et du cosmos : la nature est essentiellement fragile et peut disparaître à tout instant. Qui plus est, on prend conscience de la toute puissance de la science et de la technologie.Clarke fait ainsi évoluer ses personnages en lien direct avec les techniques les plus avancées : l’évolution des protagonistes n’est plus seulement interne à eux-mêmes mais dépend, en partie, des transformations extérieures.

Ces individus, voyageant dans des espaces gigantesques ne sont plus soumis au temps historique mais au temps cosmique (selon la distinction de H. Blumenberg) et...
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