Fiche de lecture du fils du pauvre

L’imposture des mots de Yasmina Khadra : théâtralité des écrits, mystification du récit
Habiba Belarbi Doctorante, Université d’Oran

Synergies Algérie n° 13 - 2011 pp. 31-38

Résumé : iconoclaste et inclassable, le roman de Khadra repose le problème de l’appartenance générique et de la création romanesque dans la mesure où son roman n’en est pas un : il commente, se rit, interpelle, seperd, constate, ricane, au lieu de mener rondement la narration. Pari ? Jeu ? farce ? Imposture certainement - Allons à sa découverte. Mots-clés : Récit - imposture - mystification - pistes - crédibilité - avant-garde. Abstract: Iconoclast and less classifiable, the novel by Khadra lays again the genre problem and the romance creation where her novel is not considered to be as one: It comments on,laugh at, call out to, get last, ascertain, and sneer, instead of leading roundly the narration. Bet? Game? Prank? Certainly imposture - let us go in search of It. Keywords: narrative - imposture - mystification - tracks - credibility - vanguard.

،‫ﺍﻟﻤﻠﺨﺺ: ﻣﺘﻤﺮﺩ ﻭﻻ ﻳﻘﺒﻞ ﺍﻟﺘﺼﻨﻴﻒ، ﺭﻭﺍﻳﺔ ﻳﺎﺳﻤﻴﻨﺔ ﺧﻀﺮﺓ ﺍﻟﻘﺎﺋﻤﺔ ﻋﻠﻰ ﺍﻻﻧﺘﻤﺎء ﻭﺍﻟﻬﻮﻳﺔ ﻭﺍﻹﺑﺪﺍﻉ ﺍﻟﺨﻴﺎﻟﻲ ﻭﺫﻟﻚ ﻣﻨﺬ ﺭﻭﺍﻳﺘﻪ ﻟﻴﺴﺖ ﻭﺍﺣﺪﺓ، ﻳﻀﺤﻚ‬ ‫ﻭﺍﻟﺘﺤﺪﻳﺎﺕ ، ﻓﻘﺪ ﻭﺟﺪﺕ،ﻓﻲ ﻳﺤﺘﻘﺮ ﺑﺪﻻ ﻣﻦ ﺍﻟﺘﻌﺎﻣﻞ ﺑﻨﺠﺎﺡ ﺍﻟﺴﺮﺩ. ﺍﻟﺮﻫﺎﻥ ؟ ﺍﻟﻠﻌﺒﺔ ؟ ﺍﻟﻤﻬﺰﻟﺔ ؟‬ .‫ﺍﻟﻜﻠﻤﺎﺕ ﺍﻟﻤﻔﺘﺎﺣﻴﺔ: ﻗﺼﺔ ﺍﻟﺨﺪﺍﻉ - ﺧﺪﺍﻉ - ﺍﻟﻤﺴﺎﺭ- ﻣﺼﺪﺍﻗﻴﺔ - ﻁﻠﻴﻌﻲ‬

Introduction Iconoclaste et inclassable, par rapport à des genres romanesques reconnus et établis (par la critique, par les typologies), ce roman de Khadra pose le problème de l’appartenance générique, de la création romanesque, remet en question la conception decette même création et continue d’alimenter le débat, jamais épuisé, sur le fameux « Qu’est-ce que la littérature ? » (J.-P Sartre, 1947.) Ne racontant pas, ne racontant plus, le texte de Khadra (texte et non roman) donne délibérément la parole, non pas à des personnages, comme c’est habituellement le cas, pour ne pas dire « souvent », mais à un auteur blasé, désabusé, dont la préoccupation n’estcertainement pas de plaire au lecteur, comme le stipule « Le contrat de lecture », tel qu’établi par le romanesque traditionnel. De plus interviennent dans le texte des prises de position de l’auteur, pour raconter un parcours de vie et un parcours professionnel,

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Synergies Algérie n° 13 - 2011 pp. 31-38 Habiba Belarbi des conversations entre des personnages d’autres romans, des figuresmythiques et emblématiques de la littérature, des hommes qui appartiennent à l’actualité. Ainsi, sans liens, avec la narration, qui n’en n’est pas « une », des propos sont rapportés, des réflexions sont émises. Imposture de la littérature ? De qui ? De quoi se joue t-elle ? Jeu des personnages ? Jeu du narrateur ? Superposition des espaces ? Délocalisation narrative ? Roman ? Essai ? Confession ?Réquisitoire ? Tout le propos est là ! Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de montrer comment « L’imposture des mots » publié en 2002, s’inscrit dans l’imposture littéraire. Nous allons nous arrêter sur ce mot : « Imposture » et balayer le contenu sémantique qu’il génère. Par « imposture ». On entend ‘duperie’, ‘tricherie’, ‘tromperie’, ‘feinte’, et, par extension, ‘déguisement,’‘mascarade’, ‘mise en scène trompeuse’, ‘emprunt dissimulé’. L’imposture renvoie certes à « l’apparence », au « paraitre » et non à « l’être », et c’est dans ce contexte « flottant » et « flou », cette volonté de faire passer quelque chose pour ce qu’il n’est pas, que le roman de Khadra nous interpelle. Se présentant comme un « roman », l’imposture des mots n’en est pas une, parce que tous les ingrédientsconstitutifs du genre ne sont pas réunis, ou, s’ils sont présents, ils sont déviés de leur fonction habituelle. Les mots acquièrent un statut qui dépasse celui qui leur est assigné par la narration, entraînant une mystification esthétique. Nous nous sommes heurté à une difficulté majeure à savoir l’absence d’un récit, construit, cohérent, « progressif » au sens classique du terme. Comment...
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