Fiche synthese tpe

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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Don Juan : un homme libre ?





La figure de Don Juan est une des plus hautes dont on convient d'accompagner le mot liberté. Dans un siècle fortement sanglé par les codes et les normes, il incarne en effet un refus hautain de toute mesure et proclame les droits du désir et de la raison. A vrai dire, l'alliance de ces deux termes déjà poserait problème si le personnage de Molière -auquel nous nous limitons - n'était à l'évidence plus soucieux de tester son pouvoir de séduction que de conquérir des femmes en vue de quelque satisfaction sexuelle. Sur ce plan, la pièce ne peut qu'accréditer l'intuition de Gregorio Marañon selon laquelle « l'attitude de Don Juan devant l'amour témoigne d'un instinct indécis et ne répond pas à l'idée proverbiale d'un magnifique modèle de virilité1».Quoi qu'il en soit, cette indifférenciation du sexe opposé pour Dom Juan participe bien d'un projet général de transgression dans lequel la femme n'est tentante que parce qu'elle est entourée de bastions : à preuve la quasi disparition aujourd'hui du donjuanisme, qui n'a pas survécu à la libéralisation des mœurs, encore moins à l'émancipation féminine. Mais, même située dans les époques où ellegarde un sens, la figure de Don Juan pose quelques problèmes quant à l'authenticité de la liberté qu'elle prétend fonder. Notre thèse voit plutôt dans le personnage l'incarnation d'un narcissisme inconséquent, qui alourdit ses chaînes au lieu de les briser.

Voyons d'abord les chaînes et de quoi Dom Juan prétend se « démesurer ». Le mariage, bien sûr, promis-juré à la première venue, manière debien piétiner la sainte institution. Pour justifier son inconstance, le libertin argue de sa nature (« Je te l'ai dit vingt fois, j'ai une pente naturelle à me laisser aller à tout ce qui m'attire.» (III,5), pour ne pas dire de la nature : c'est au nom d'un on que, dans l'acte I, s'entonne cet hymne, le seul passage, peut-être, que Molière, moins pressé, eût souhaité versifier : l'alexandrin s'yembusque, en effet, la langue s'emporte et se déploie en hyperboles comme pour mieux souligner avec quel assentiment intime le libertin prétend ainsi fuir le moment redouté où « le beau de la passion est fini » et justifie sa course de prédateur. Dom Juan ne sera donc pas un époux. Il ne sera pas un maître, non plus, tout au moins pas dans les formes convenues de l'exercice : il témoigne ici d'unmélange de libéralité et de sévérité à l'égard de son valet, quand cela lui plaît, mais, de toutes façons, d'une singulière complicité qui va jusqu'à la délégation de pouvoirs, l'inversion des rôles, comme pour mieux s'abstraire d'une identité sociale. Ceci, d'ailleurs, n'allant guère plus loin, nous le verrons. Le fils n'est pas moins indigne : le père devrait s'asseoir au lieu de s'épuiser envains reproches, il devrait surtout s'aviser de mourir vite, au moins pour respecter la nature, qui veut que « chacun ait son tour ». La nature, encore... Devant la religion, c'est de raison, cette fois, que le mécréant se prévaut : « Je crois que deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit ». Passons sur la platitude du programme, et examinons quand même comment cet entêtement lui faitnégliger des signes éloquents, en dépit de toute raison, justement. L'arrogance est belle, évidemment, et le courage aussi : jusqu'au bout, sans doute, Dom Juan veut s'assurer du signal (« Si le Ciel me donne un avis, il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il veut que je l'entende »), comme il a voulu s'assurer de la solidité de la foi en tentant le Pauvre : d'une manière indigne qui luiinspire pourtant son seul geste vraiment noble, ce louis donné quand même, « pour l'amour de l'humanité ». Enfin, devant la société, Dom Juan est celui qui ne paie pas sa dette : la scène où il étourdit M. Dimanche de questions empressées - et si méprisantes, au fond - pour que la conversation ne roule jamais sur ses créances, est révélatrice de ce faux-fuyant par lequel le libertin prétend se...
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