Fin de partie, beckett.

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  • Publié le : 20 juin 2010
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Le théâtre de Beckett a souvent été qualifié d’anti-théâtre. Votre lecture de Fin de Partie confirme-t-elle cette analyse ?

INTRODUCTION.

Bien que Beckett ait refusé toute étiquette, son œuvre, associée à celles de ses contemporains, est considérée comme marquant une rupture très forte avec la tradition et comme pratiquant un « anti-théâtre » en quelque sorte. Ces auteurs rejettent en effetles conventions régissant jusque-là l’écriture théâtrale : la mise en œuvre d’une intrigue progressant de manière régulière et causale, visant à représenter la réalité extérieure, à partir de personnages entrant en conflit. Ces rejets sont à l’œuvre dans les pièces de Beckett et a fortiori dans Fin de partie (1956) deuxième pièce à être présentée sur scène à Londres en avril 1957. On s’attacheraalors à montrer ce qui fait de Fin de partie un exemple d’anti-théâtre, une anti-pièce. Toutefois, ce que récuse Beckett, comme ses alter ego, c’est une écriture dramatique donnant la priorité au texte. Il affiche au contraire une conception dans laquelle les dialogues ne sont qu’un élément d’un ensemble plus vaste, constitué de tout ce qui fait le langage scénique : bruits, gestes, objets, temps,lumières. La spécificité de la théâtralité n’est pas abandonnée, bien au contraire.

DEVELOPPEMENT.

I- Fin de partie – une anti-pièce.

1. Une intrigue problématique.

Pièce en un acte, Fin de partie nous met en présence d’un personnage paralytique et aveugle, Hamm, dont l’occupation majeure est de « dialoguer » avec son domestique, Clov, qui va et vient de la scène à « la cuisine ».S’il est bien question d’un processus qui doit mener à une fin – « ça va finir », « « quelque chose suite son cours », « ça avance » affirment à tour de rôle les deux protagonistes – celui-ci reste énigmatique et on serait bien en peine de raconter « l’action » de Fin de partie, sans tomber dans une espèce de tautologie : un homme paralysé et son domestique discutent, le temps que ça finisse. Ce degrézéro de l’intrigue est renforcé par la lenteur du rythme mis en place. Les échanges entre les personnages sont fréquemment dilatés par la didascalie « (Un temps) » dont on peut compter près de quatre cents occurrences. Les allées et venues de Clov, même si elles sont parfois motivées par les ordres de Hamm qui lui demande d’aller se procurer tel ou tel objet, créent une impression de discontinuitédu dialogue et partant de l’action.

2. La discontinuité.

Cette impression repose également sur le fait que l’échange théâtral est fort peu informationnel et n’aboutit généralement à rien. Les questions que Hamm pose sont souvent l’objet d’une réponse de Clov monosyllabique et brusque qui ne fait pas rebondir le dialogue : « Hamm – Comment vont tes yeux ?/Clov – Mal./Hamm – Comment vont tesjambes ?/Clov –Mal./ Hamm – Mais tu peux bouger./ Clov – Oui./Hamm – Alors Bouge ! (Clov va jusqu’au mur du fond, s’y appuie du front et des mains) Où est-tu ?/ Clov – Là/ Hamm – Reviens. » (21/22). Les personnages peuvent se contredire d’une réplique à l’autre, ainsi Hamm revenant sur son ordre – « Bouge » - sitôt après l’avoir formulé. Maître des questions et des injonctions, il semble parler àtort et à travers et se répète. Des micro-séquences de dialogue réapparaissent constamment, comme l’échange cité plus haut qui revient (53) ou encore celui où Hamm réclame son calmant (26,40,52,67,93). Ces répétitions donnent le sentiment que les personnages parlent toujours de la même chose, ce qu’ils soulignent eux-mêmes – « Ah les vieilles questions, les vieilles réponses, il n’y a que ça »(56) « toujours les mêmes inepties » (64). La parole est anémiée comme « l’action » et le sentiment qui domine est celui de l’enlisement.

3. L’enlisement.

Quelques « événements » surviennent : les intermèdes qui font intervenir Nagg et Nell dont la « situation » évolue : Clov fait état de quelques changements à l’extérieur lors de ses observations à la lunette ; Hamm fait avancer son «...
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