Fin de partie

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  • Publié le : 27 décembre 2010
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B Raconter des histoires
_ « L’histoire du tailleur »
Lecture d’un extrait : de « NAGG (…) – Tu as entendu ? » (p. 31) à « HAMM (…) Enlève-moi ces
ordures ! Fous-les à la mer ! » (p. 36)
Pour réfléchir
a) En quoi consiste le comique de la blague racontée par Nagg (p. 34-35)? Qui rit (personnages, public)
de cette blague ?
b) Quel est le sens de l’apologue sur la valeur de la Création ?
c)Étudiez la situation de l’histoire racontée par Nagg : comment son sens est-il remis en perspective
?
Mise au point
C’est la première fois qu’apparaissent ensemble les têtes de Nagg et de Nell au-dessus de leurs poubelles.
De même que Hamm relance le dialogue avec Clov afin de le retenir près de lui, ou de faire qu’il
s’occupe de lui, Nagg cherche à retenir l’attention de Nell, voire àsusciter de sa part une marque
d’affection.
Chacun d’eux cherche à s’évader de la situation pénible dans laquelle ils se trouvent, à meubler l’ennui
et à oublier la mélancolie qui les envahit, Nell en évoquant de manière nostalgique, non sans dérision, le
passé (« l’après-midi d’avril » sur « le lac de Côme », p. 33-35), Nagg en racontant une histoire « pour
dérider » sa femme, après avoirvainement tenté un rapprochement plus tactile (p. 33). Si Nagg se
plaint du présent – et d’une certaine manière, cette plainte a quelque chose d’une révolte - , égrenant
la perte d’une dent (p. 28), la baisse de la vue, le changement de la sciure en sable (p. 30), Nell semble
plus résignée et amère. La répétition de la didascalie «élégiaque » pour accompagner la réplique « Ah
hier ! », créant uneffet comique, dénonce ironiquement le recours nostalgique au passé.
Pourtant Nell paraît avoir une conscience plus aiguë de la situation : elle ne se plaint pas de son sort,
sachant sans doute que les mots sont inutiles. Elle ne les utilise que pour faire revivre un passé perdu,
dans une syntaxe et un ton qui recréent poétiquement la contemplation mentale d’un moment de plénitude
enfui : «C’était profond, profond. Et on voyait le fond. Si blanc. Si net. » (p. 34). Alors que Nagg
se moque des propos incohérents de Hamm (« Tu as entendu ? Un coeur dans sa tête ! », p. 31), Nell
tente de lui faire reprendre un esprit de sérieux que la déchéance de leur fils – qu’elle n’ose d’ailleurs
nommer explicitement - semblerait dicter : « Il ne faut pas rire de ces choses, Nagg. Pourquoi en ris-tu
➠Raconter pour se
distraire
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Séquence 3-FR01 47
toujours ? » (p. 31). Pourtant, Nell évoque une théorie particulière du comique : « Rien n’est plus drôle
que le malheur (…) c’est la chose la plus comique au monde » (p. 31-32). Le fait que Nagg soit « scandalisé
» (p. 31) indique peut-être qu’il n’a pas un degré de conscience aussi aigu que celui de Nell du
cours dela vie. Or, Nell poursuit en précisant : « Et nous en rions, nous en rions, de bon coeur, les premiers
temps. Mais c’est toujours la même chose. Oui, c’est comme la bonne histoire qu’on nous raconte trop
souvent, nous la trouvons toujours bonne, mais nous n’en rions plus » (p. 32). Mais pour « dérider » sa
femme, Nagg ne trouve rien d’autre, quelques répliques plus tard, et malgré lesprotestations de Nell,
que de lui « raconter l’histoire du tailleur » (p. 33), déjà cent fois racontée, et dont le public pressent
par conséquent qu’elle sera sans efficacité sur Nell. Autrement dit, la répétition, rendue nécessaire par
le temps qui passe et le cours d’une vie, use le comique sans user le malheur.
L’histoire de Nagg met en scène un tailleur trop scrupuleux et perfectionniste, qui veutréaliser pour
son client un pantalon parfait et se condamne ainsi à reporter sans cesse la date de remise de la commande.
Le comique provient de la répétition du report de la commande associé à la patience du client.
Mais cette patience s’évanouit soudain : « En six jours, vous entendez, six jours, Dieu fit le monde. Oui
Monsieur, parfaitement Monsieur, le MONDE ! Et vous, vous n’êtes pas...
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