Finance islamique en france

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  • Publié le : 5 décembre 2010
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LA FINANCE ISLAMIQUE : UNE RÉCENTE HISTOIRE AVEC LA FRANCE, UNE LONGUE HISTOIRE AVEC SES BANQUES

LA FINANCE ISLAMIQUE :
UNE RÉCENTE HISTOIRE AVEC LA FRANCE, UNE LONGUE HISTOIRE AVEC SES BANQUES

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epuis la fin de l’année 2007, on a commencé à se pencher sérieusement en France sur les possibilités d’attirer les investisseurs des pays du Golfe sur la place de Paris. En fait, depuis lavisite du président français en Arabie Saoudite en janvier 2008, la question de la position de la France sur la finance islamique est devenue omniprésente. Selon l’agence Moody’s, ce secteur affiche, depuis 2003, un taux de croissance annuel de 15 %. La plus grande partie de ces capitaux est répartie entre les pays du Golfe (60 %) et l’Asie du Sud-Est (20 %). Cette zone est caractérisée par une forteabondance de liquidités avec un montant d’épargne disponible estimé à 5 000 Md$ (Soustras, 2008). Cette croissance est soutenue par l’augmentation incessante du prix du pétrole et par l’afflux continuel des pétrodollars dans cette région du monde. L’accumulation des liquidités s’est également accélérée ces derniers mois. Les banques des pays du Golfe ont l’habitude de placer leurs capitaux auprèsde banques anglo-saxonnes. Compte tenu du contexte actuel, elles les ont rapatriés et privilégient désormais les placements auprès d’établissements plus sûrs, c’est-à-dire les banques gouvernementales. En outre, après les dommages engendrés par la crise financière récente, les banques islamiques, contrairement à leurs homologues conventionnelles, ont montré une certaine stabilité et une résistante325

* Professeur de finance, Reims Management School.

REVUE D'ÉCONOMIE FINANCIÈRE

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vigoureuse (Moody’s Investors Services, 2008a). Cela s’est expliqué par leur faible exposition au risque que pourraient engendrer les crédits toxiques (Bouslama, 2008). En effet, la charia (la loi islamique) interdit la spéculation (gharar) et l’intérêt (riba). Ainsi, les établissementsfinanciers islamiques et leur clientèle seront en possession d’un excédent de liquidités gigantesque, l’équivalent de 1 000 Md$ dans les deux ans à venir (Pastré et Gecheva, 2008). Par ailleurs, la majorité des Bourses des pays du Golfe a une capacité d’absorption limitée. De ce fait, ces capitaux sont constamment à la recherche de nouveaux investissements conformes à la loi islamique. Face à de tellesperformances, la France ne pouvait ignorer encore longtemps l’importante poche de liquidités dont dispose les pays du Golfe. En effet, ce secteur présente un levier de croissance significatif pour la place de Paris et les banques françaises. Plusieurs ajustements d’ordre « symbolique » (Hassoune, 2008a), juridique et fiscal sont néanmoins nécessaires pour accélérer le développement de la financeislamique en France. Toutefois, si l’on commence tout juste à aborder les possibilités de son développement au niveau de l’Hexagone, plusieurs banques françaises sont déjà présentes sur le secteur à l’étranger. Celles-ci, notamment BNP Paribas et Calyon, ont développé depuis quelques années des activités d’investissement et de financement islamiques qu’elles gèrent depuis Londres ou la région duGolfe. L’objectif de cet article est de faire l’état des lieux des évolutions du secteur de la finance islamique en France et d’étudier les activités des banques françaises dans ce domaine. Cet article se décompose de la manière suivante. Tout d’abord, nous proposons un état des lieux des avancées réalisées au niveau du développement de la finance islamique en France. Nous étudions ensuite les défisjuridiques, fiscaux et symboliques qui devront être remontés, afin de faciliter l’adoption de cette finance alternative en France en abordant également les opportunités qu’elle peut offrir dans l’Hexagone. Ensuite, les activités compatibles avec la charia des principales banques françaises internationales sont exposées.

L’ÉTAT ACTUEL DU SECTEUR DE LA FINANCE ISLAMIQUE
EN FRANCE La finance...
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