Foucault courage verite

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  • Publié le : 27 mars 2011
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Michel Foucault, Le courage de la vérité
Franck Chaumon

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Le dernier séminaire de Michel Foucault, tenu au Collège de France en 1984, est paru en ce début d’année 2009. Saluons à nouveau la rigueur de l’établissement de ces cours, l’appareil de notes, les postfaces précisant le contexte dans le mouvement de l’œuvre, qui constituent une aide précieuse à la lecture et contrastent, hélas,avec l’édition des séminaires de Lacan. Ce séminaire est établi et présenté par Frédéric Gros, tout comme les deux précédents, L’herméneutique du sujet (1981-1982), et Le gouvernement de soi et des autres (1982-1983). Il en achève en quelque sorte le cycle ou plutôt il en marque la brutale interruption, puisque la mort survient trois mois après la dernière séance, le 28 mars 1984. Il faut se garderpourtant d’y voir le mot ultime d’une œuvre profuse, complexe et plurielle. Un mot à ce propos. Né en 1926, Foucault meurt donc à 58 ans. Pour les lecteurs de Lacan, il suffira sans doute de prendre la mesure du fait que celui-ci, au même âge, était sur le point de s’engager dans la tenue du séminaire… L’éthique de la psychanalyse, pour saisir à quel point l’œuvre foucaldienne aura été fauchée enson élan, nous privant de développements difficiles à imaginer. Raison pour laquelle il convient de prendre quelque distance avec les lectures hâtives qui décèlent aujourd’hui les « contradictions » ou les « virages théoriques », méconnaissant la logique d’une pensée en travail, une pensée qui ne craint pas de faire retour sur elle-même et de prendre à contre-pied ses propres formulations. « Je nesuis déjà plus là où vous me suivez et je vous regarde d’ailleurs », disait-il dans une formule qui n’est pas sans rappeler certains propos de Lacan. Tout comme Freud, tout comme Lacan, il convient de lire Foucault, tout Foucault, en suivant l’audace d’une pensée qui n’hésite pas à s’affronter à elle-même.
1. Michel Foucault, Le courage de la vérité, EPHE, Gallimard/Le Seuil, 2009, 368 p.

152• Essaim n° 23

C’est ainsi que le « dernier Foucault », qui se soucie d’abord du sujet et de la vérité (selon ses propres termes) et qui se tourne avec inquiétude vers l’énonciation même du philosophe face au pouvoir, ne saurait être opposé au Foucault des disciplines et des procédures d’assujettissement, celui de L’histoire de la folie et de Surveiller et punir. Certes les deux points de vuesemblent antinomiques. L’un, celui de « l’ordre des discours » est celui de la production des savoirs, des normes de comportements et des modes de subjectivation, il déploie les rouages d’une sorte de machine de pouvoirsavoir dont les protagonistes (l’aliéniste et l’aliéné par exemple) paraissent n’avoir aucune marge de manœuvre subjective. Discours et dispositifs produisent littéralement dessujets, assujettis à leur place assignée. L’autre problématique, celle du « souci de soi » et de la « parole vraie » (parrêsia), semble aux antipodes de cette logique de l’ordre discursif. Elle interroge en effet la position du sujet non plus comme assujettissement, production, mais comme acte, comme éthique. Après avoir contribué à dissoudre la fiction de « l’homme » en repérant l’archéologie desdiscours qui en constituent les figures locales (l’asile, la prison), suscitant les protestations des humanistes et des adeptes des « droits de l’homme », Foucault prend à contre-pied ses élèves en réinvestissant la question du pouvoir du côté du sujet. Pur effet de dispositif – il convenait de penser le sujet comme constitué par les procédures et non comme surplombé par l’ordre du souverain – lesujet est désormais considéré comme acteur politique. Là où il avait paru se dissoudre dans la logique des savoirs, des pouvoirs et des normes, le sujet en quelque sorte fait étrangement retour. Paradoxe apparent que l’on se gardera bien de développer ici dans une simple note de lecture, mais qui ouvre assez bien à un type de questions que nous pose aujourd’hui cette œuvre : notre actualité ne nous...
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