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  • Publié le : 9 décembre 2010
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Introduction

     Le poème Mors de Victor Hugo que nous allons étudier est un poème de 20 vers qui nous présente le triomphe absolu de la mort, par la description d'une atmosphère d'apocalypse que les deux derniers vers ne parviennent peut-être pas à dissiper. Le poème s'organise autour d'un double jeu de sensations. D'une part, la sensation visuelle, largement développée dans les dix premiersvers, introduite par le passé simple "je vis"; d'autre part la sensation auditive développée à partir du verbe "crier". Nous allons faire une lecture linéaire du poème Mors qui s'efforcera de développer à partir de l'étude des procédés stylistiques et phonétiques ce double jeu de sensations.

Analyse linéaire
• Installé au dessus du poème avec des majuscules écrasantes et la tonalitéd'éternité que lui donne l'utilisation du latin, le titre Mors préfigure l'ensemble du texte. Le jeu initial vient donner au texte sa tonalité lyrique. Toutefois, c'est là sa dernière manifestation.

• La pensée du poète s'élargit pour prendre en compte l'humanité toute entière. La mort nous est présentée à travers l'allégorie traditionnelle de la "faucheuse". Une mort qui est constamment présente commele suggère l'imparfait, une mort que nous connaissons de plus comme l'indique le démonstratif "cette"; mais une mort qui surprend toujours, comme elle surprit le poète lui-même par l'utilisation du passé simple : "je vis".

• Le royaume de la mort nous est précisé à travers la métaphore du "champ" qui, dans ses accents pascaliens, réduit le monde à un espace limité. C'est la même métaphorefilée qui vient nous décrire l'activité incessante de la mort : "moissonnant et fauchant". La répétition des participes présents souligne le travail répétitif, alors que le verbe "aller" nous montre qu'aucun obstacle ne peut freiner ce travail.

• Non content de nous le décrire, Hugo nous le fait entendre.
L'harmonie initiative des chuintantes et des sifflantes développée tout au long du poèmeévoque parfaitement le sifflement sinistre de la "faulx" ("faucheuse" et "champ", "moissonnant" et "fauchent", "triomphateurs" et "triomphaux", "échafaud" répété deux fois). Dans une atmosphère d'apocalypse, la mort nous est présentée à partir d'un champ lexical de la peur et de la nuit ("noir", "squelette", "crépuscule", "ombre", "tremble") en même temps que les gutturales ("crépuscule", "ombre","dirait", "tremble", "recule") qui nous font entendre le frisson de la peur.

• Face au spectre qui se fond dans la nuit "laissant passer le crépuscule", la victime est incapable du moindre mouvement "suivait des yeux" alors que l'arme prend des allures particulièrement inquiétantes, parce qu'elle est presque invisible elle aussi "les lueurs de la faulx". La mort travaille donc inlassablement,frappant d'égalité l'ensemble de ses victimes. L'alexandrin hugolien se gonfle de la puissance humaine évoquée par la redondance "triomphateurs", "triomphaux", "l'arc" connotant également le triomphe.

• Toutefois, cette puissance humaine qui contient d'ailleurs en elle-même le bruit de l'arme qui doit l'abattre ("faulx") est balayée par le rejet du verbe "tomber". Par un jeu d'antithèses, lepoète insiste sur le travail de la mort, l'opulence de "Babylone" s'oppose à l'austérité du "désert", le lieu des supplices ("échafaud") s'oppose à la noblesse du "trône" (image égalisatrice qui est soutenue par le chiasme). L'antithèse est également affective (de la "rose" au "fumier"). Enfin, "l'or", symbole de richesse et de puissance s'oppose à la "cendre" qui connote la poussière et la mort.

•Cependant, Hugo ne peut pousser jusqu'au bout ce jeu de l'antithèse : au cadavre de "l'enfant", il substitue sous forme d'espoir l'image aérienne et libre de "l'oiseau"; travail qui engendre la souffrance et la révolte, une souffrance qui est symbolisée par l'hyperbolique peine des "mères" ("les yeux en ruisseaux"), révolte qui introduit la sensation auditive dominante dans la seconde...
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