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  • Publié le : 25 décembre 2010
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En Haute Provence, en 1945, au cours de la longue conversation entre quatre vieilles femmes qui meuble une veillée funèbre, belle occasion pour cancaner, est racontée, en partie par elle-même, l'histoire ambiguë de Thérèse, maintenant très âgée mais qui, avec une haine triomphante, se délecte de ses forfaits. En 1882, à l'âge de vingt-deux ans, cuisinière dans un château, elle s'échappa avecson ami, le forgeron Firmin, que n'acceptaient pas ses parents. Ils furent employés dans l'auberge de Châtillon, jusqu'à ce que, Thérèse ayant voulu un enfant, ils furent renvoyés et vécurent misérablement. Or Thérèse, qui était intriguée par le mystère de la belle, distinguée, exquise, et élégante bourgeoise de quarante ans qu'était Mme Numance, s'employa à attirer, en tant que pauvresse sur lepoint de donner naissance, l'attention et la pitié de cette bienfaitrice de Châtillon, qui suscitait le respect et l’admiration, car elle donnait pour toutes les bonnes œuvres, aidait sans rien attendre en retour, avait un mot gentil et un sourire pour chacun. Or Thérèse devint l'objet de son amour, elle et Firmin étant accueillis par ces deux retraités, car Mme Numance pouvait tout demander à sonépoux qui l’aimait inconditionnellement. Ils offrirent donc aux deux jeunes mariés du travail, les installèrent avec leur bébé dans leur propriété, leur firent don de toutes leurs richesses, et se laissèrent même escroquer et complètement déposséder par le veule Firmin, ce qui entraîna la mort de M. Numance et la disparition de sa femme. Mais Thérèse, qui apparaissait alors innocente et dominée parFirmin, se révéla, dans les propos d'une autre conteuse, comme ayant tout provoqué avec un cynisme qui s'était affirmé quand Firmin et elle s’étaient retirés plus haut encore sous le col, puis de l'autre côté de la montagne, où, Thérèse ayant mûri sa vengeance, Firmin fut complètement dominé et finalement tué par un des amants dans les bras desquels elle se jeta et qu'elle manipula à sa guise.Commentaire

Giono rompit avec un principe de narration traditionnelle en livrant, par des témoignages sur un passé lointain, par ces narrations concurrentes sur un même sujet, ces deux versions des mêmes faits également plausibles, mais contradictoires, chacune des protagonistes voyant ce passé selon son optique présente, les mots proférés servant autant à le recréer selon la pente du désir oude la rêverie qu'à être le compte rendu scrupuleux de ce qui a été. Laissant ses personnages, des êtres simples, se débattre avec des passions supérieures, Giono était devenu le romancier de l'ambiguïté, des esprits sombres, des âmes exaltées, des passions monstrueuses, des relations violentes. Sa vue de l'humanité n'avait jamais été aussi noire. Un peu parce que les veilleuses, qui n'éprouventaucun chagrin et ne sont là, sous couvert de satisfaire à un rite, que pour passer une nuit à bavarder, boire et manger. Mais leur version d’un même fait sont inconciliables. Leur égoïsme et leur âpreté au gain, dans le récit de la mort d'une mère puis du partage de l'héritage, atteignent des sommets. Pour des intérêts dérisoires d'ailleurs, ce qui rend burlesque cette rapacité et cetteinconscience. “Les âmes fortes” prolongent les récits de “Faust au village”. Là non plus, ni Giono ni aucun narrateur neutre ne prend la parole : seuls s'expriment les personnages et, à travers des dialogues extraordinairement vivants, naturels et incisifs, cette ambitieuse histoire d'initiation, qui devrait aller vers davantage de clarté, de compréhension, se déroule en sautant des étapes narratives et sansjamais dévoiler les véritables ressorts psychologiques des protagonistes, enfonçant même davantage le personnage principal dans son secret. Firmin, s'il est matois, rusé et débrouillard, n’est pas fin psychologue. Il ne comprend pas la passion de Thérèse pour madame Numance. Thérèse l’inquiète parfois par les plans qu’elle échafaude. Est-il un benêt gouverné par sa femme, ou un subtil...
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