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  • Publié le : 14 octobre 2010
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Commentaire de texte : Le Roi se meurt – Eugène Ionesco (1962)

« Dans un pays indéterminé, menacé par la ruine, le roi Bérenger à l’agonie s’accroche à ses passions délabrées. Il est entouré de ses deux reines – Marie, aimante et douce, et Marguerite, implacable -, ainsi que de sa femme de chambre Juliette et de son médecin.

LE ROI, à Marie, puis à Marguerite. – Bonjour, marie. Bonjour,Marguerite. Toujours là ? Je veux dire, tu es déjà là ! Comment ça va ? Moi, ça ne va pas ! Je ne sais pas très bien ce que j’ai, mes membres sont un peu engourdis, j’ai eu du mal à me lever, j’ai mal aux pieds ! Je vais changer de pantoufles. J’ai peut-être grandi ! J’ai mal dormi, cette terre qui craque, ces frontières qui reculent, ce bétail qui beugle, ces sirènes qui hurlent, il y a vraimenttrop de bruit. Il faudra tout de même que j’y mette bon ordre. On va tâcher d’arranger cela. Aïe, mes côtes ! (Au Docteur.) Bonjour, Docteur. Est-ce un lumbago ? (Aux autres.) J’attends un ingénieur… étranger. Les nôtres ne valent plus rien. Cela leur est égal. D’ailleurs, nous n’en avons pas. Pourquoi a-t-on fermé l’Ecole Polytechnique ? Ah, oui Elle est tombée dans le trou. Pourquoi en bâtird’autres puisqu’elles tombent dans le trou, toutes ? J’ai mal à la tête, par-dessus le marché. Et ces nuages… J’avais interdit les nuages. Nuages ! Assez de pluie. Je dis : assez. Assez de pluie. Je dis : assez. Ah ! Tout de même. Il recommence. Idiot de nuage. Il n’en finit plus celui-là avec ces gouttes à retardement. On dirait un vieux pisseux. (A juliette.) Qu’as-tu à me regarder ? Tu es bien rougeaujourd’hui. C’est plein de toiles d’araignée dans ma chambre à coucher. Va donc les nettoyer.
JULIETTE. – Je les ai enlevées toutes pendant que Votre Majesté dormait encore. Je ne sais d’où ça vient. Elles n’arrêtent pas de repousser. » (Ionesco, Le Roi se meurt).

Proposition d’un plan qui ne doit, en aucun cas, figurer dans la copie rendue :

I – Un roi désacralisé et dépossédé
1/ Ledélabrement du langage
2/ Des préoccupations simplistes
3/ Une volonté sans résultat

II – L’expression d’un malaise existentiel
1/ La dégradation d’un corps
2/ Une solitude donnant lieu à des interrogations enfantines
3/ Un nouveau tragique : le burlesque

III – Un univers dégradé
1/ Un univers négatif
2/ Le dérèglement du monde
3/ Une prolifération de la souffrance au monde

Correctionrédigée :

Eugène Ionesco a fait apparaître dans toutes ses pièces théâtrales de manière plus ou moins présente l’idée de la mort et le vieillissement dans un univers incohérent : les corps dépérissent, le langage s’écorche et l’angoisse croît. C’est en 1962 que Ionesco entreprend d’écrire Le Roi se meurt alors même qu’il se trouvait malade et affirme qu’il s’agit d’un « exercicespirituel » essentiel : « J’avais écrit […] pour que j’apprenne à mourir » (Journal en miettes). La pièce doit être vue comme une réflexion continue du roi Bérenger qui voit sa vie diminuer. De la même manière, son royaume dépérit. Mais l’entourage a pour rôle d’accompagner le roi Bérenger au mieux vers l’acceptation de la mort inéluctable et de passer au-delà de cette peur qui paralyse. A l’instar des roisde tragédie, le roi Bérenger se montre davantage dans son instinct naturel à la limite du grotesque à travers un monde qui se dégrade et qui ne lui obéit plus révélant ainsi la fin de son pouvoir sur son royaume autrement dit sur sa vie.

Nous sommes habitués à un « langage pompeux », comme le dit Diderot (Le Paradoxe sur le Comédien), exprimé par les rois des tragédies classiques vivant despassions poussées au paroxysme et qui font face à leur destinée de manière digne. Ici, Ionesco nous fait part d’un roi affaibli. La douleur de l’enveloppe corporelle révèle un roi au langage familier et ainsi perd toute crédibilité en qualité de roi.
Certes, Ionesco utilise facilement la forme de la tirade, davantage utilisée dans la tragédie, dans la bouche du roi Bérenger mais il n’y a...
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