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  • Publié le : 8 décembre 2010
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Jeudi 15 avril

Peut-on vouloir le bien sans le faire ? 
Lycée St Just à Lyon - Fourvières, avec Isabelle Ledoux

Bibliographie : 
Dostoïevski, L’Idiot
Epictète, Entretiens, livre III, chapitre XII « De l’exercice »
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 2ème section, Sur l’expression courante « il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien », Idéed’une histoire universelle, 6ème proposition, Conflit des facultés
Descartes, Discours de la méthode, Les passions de l’âme
Spinoza, Ethique de Spinoza, l'appendice au livre I, livres IV et V, Correspondance : Lettre LVIII à Schuller

Introduction
Il y a une opposition extrêmement problématique dans l’intitulé du sujet entre « vouloir le bien » et « sans le faire ». En effet, le verbe « vouloir »indique clairement un acte de mobilisation de nos forces, de notre puissance, de notre capacité de produire des effets – et pourtant, en même temps ou après coup, une suspension de cette même mobilisation, ou tout au moins son échec.
Nous sommes donc confrontés au paradoxe d’un principe de commandement de la volonté qui à la fois lui ordonnerait de se manifester et lui enjoindrait de n’avoir pasd’effet. Comment le comprendre ? Question d’autant plus difficile que vouloir n’est pas désirer : or quelle détermination plus forte que le rationnel ou le raisonnable pourrait-on envisager – la raison étant certes, ainsi que la définit Descartes, « faculté d’avoir des idées » mais aussi et surtout, principe moral ?
Aussi, dans un premier moment, nous demanderons-nous s’il faut envisager une oudes formes d’impuissance du vouloir telles que, bien que tendant de toutes nos forces au bien, nous ne puissions, c’est-à-dire ne soyons pas capables, ou en mesure, de le réaliser, de l’accomplir ? Il y a là en effet une des acceptions possibles de l’interrogation « Peut-on ? ».
Puis, dans un second moment, nous nous demanderons si cette éventuelle impuissance de la volonté ne peut se redoublerd’un problème qui serait celui de la détermination adéquate des moyens à la fin recherchée. Le bien n’est en effet pas l’agréable, l’utile, le profitable mais la valeur morale par excellence c’est-à-dire ce qui constitue, en soi et par soi, de manière inconditionnée, une fin. Or le problème de l’articulation des moyens et de la fin pose, en filigrane, celui de la détermination adéquate de la finelle-même, ici le bien.
Enfin, dans un dernier moment, nous nous tournerons vers le sujet du vouloir lui-même : dans la mesure où la question posée engage une certaine conception de la liberté et de la moralité, nous ne pouvons pas faire l’économie d’un questionnement sur la nature de ce sujet qui veut le bien : peut-il y avoir lutte intestine, dans le sujet, de la raison et de la volonté, ou bienpeut-il méconnaître lui-même la nature de sa propre liberté au point d’en être réduit à l’impuissance, voire à la servitude ?

Premier moment : la question de l’éventuelle impuissance du vouloir
Dans L’Idiot, de Dostoïevski, se trouvent présentes deux figures totalement antithétiques et qui pourtant incarnent chacune une forme d’impuissance du vouloir : celles de l’idiot lui-même, le princeMichkine, et de Rogojine. Leur point commun réside dans leur manque de prudence, leur démesure et une impuissance – soit inexpérience, soit violence des passions – qui les rend totalement inaptes à appliquer de manière appropriée leur notion du bien aux circonstances particulières de leurs actions et des situations dans lesquelles ils se trouvent.
Comment alors analyser cette impuissance ? Dans lelivre III de ses Entretiens, au chapitre 12 intitulé « De l’exercice », Epictète pose les trois conditions fondamentales de l’exercice comme ascèse des désirs, ascèse des propensions et ascèse des représentations. C’est l’éducation et l’exercice comme pure ascèse qui manquent à la volonté lorsqu’il s’agit pour elle de donner sa pleine efficace. Se trouve donc récusé l’adage populaire selon...
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