Francois villon

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  • Publié le : 25 mai 2010
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Ballade des pendus

Ballade des pendus
C’est la plus connue des Ballades de notre poète-truand, né en 1431, l’année de la crémation de Jeanne d’Arc, mort après 1463, ayant échappé certes de justesse au gibet (la potence est individuelle, le gibet présente l’avantage technique d’une mise à mort en groupe, (cf. cinq, si(x)), mais disparu après son bannissement de dix ans. Notre poète s’est bienrapidement montré chatouilleux de la gorge. Ainsi, ce court quatrain de présentation :
Je suis François, dont il me poise
Né de Paris, emprès Pontoise,
Et de la corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise (=pèse)
 Montre son humour noir. Est-ce de l’esprit ecclésiastique ? Notre François de Montcorbier, dit des Loges, orphelin de père, a étéconfié au chanoine Guillaume de Villon. Brillant élève, il est reçu bachelier, puis obtient sa licence en 1452, en adoptant le nom de son bienfaiteur… Las ! La guerre de cent ans a vu s’abattre sur Paris famine, épidémies, bandes de loups, et bandes de… loubards : les étudiants dépassent, à l’époque, même les bornés de nos bizutages dégradants pour ceux qui les commettent. Au cours d’une dispute,Villon blesse mortellement son adversaire ; il quitte Paris sans attendre, puis y revient pour y fracturer le Collège de Navarre. Un de ses complices soumis à la question (méthode de l’époque, nos passages à tabac sont somme toute plus sauvages car la question était strictement réglementée : pas de sadisme ici) évoque la lourde responsabilité de notre petite frappe dans ce forfait : Villon reprendla route de l’exil ; il se retrouve dans les geôles de Charles d’Orléans, malgré l’admiration de ce dernier pour notre auteur. Derechef, un nouveau séjour en 1461, et Villon est libéré sur intervention de Louis XI ; l’affaire du Collège de Navarre remonte à la surface et Villon de trouver rien de mieux à faire que de mettre à sac l’étude du notaire chargé de l’affaire… Et de se retrouver condamnéà la peine de la Hart (la corde !). D’où la rédaction de notre épitaphe (=inscription sur la pierre tombale)…
 Lecture.
L’Epitaphe en forme de ballade que fit Villon pour lui et ses compagnons, s’attendant à être pendu avec eux.
Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nousvoyez ci attachés cinq, six;
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal, personne ne s’en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Si frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis;Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa Grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils
Jamais nultemps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis, là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie;
A lui n’avons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie;Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
Traduction :
Frères humains, qui vivez après nous, n’ayez pas le cœur endurci contre nous, car si vous avez pitié de nous (+qui sommes+) malheureux, Dieu en aura plus tôt merci/pitié de vous (cf. les paroles du Notre Père : «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé» dans la version moderne ; Villon n’en...
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