Freud

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  • Publié le : 9 juin 2010
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Dans un essai paru en 1925 intitulé : «Présentation de moi-même » (2) Sigmund Freud nous indique expressément que chez lui la vie, l'oeuvre et l'accueil qui leur fut réservé ne doivent jamais être dissociés si on veut comprendre sa découverte de la psychanalyse à la fois comme pratique thérapeutique et comme théorie métapsychologique. Dans cette étroite liaison, un élément pourtant va finir pardominer au point d'en constituer le véritable projet existentiel: la volonté de comprendre la seule chose qui importe à la fin, l'homme. «Ma Présentation de moi-même montre comment la psychanalyse devient le contenu de ma vie, et se conforme ensuite à ce principe justifié que rien de ce qui m'arrive personnellement ne mérite d'intéresser au regard de mes relations avec la science.» (3)

Danscette étroite liaison entre existence, projet scientifique et relation au monde, l'élément dominant est donc le projet intellectuel qui aboutit à la découverte de la psychanalyse entendue indissolublement comme thérapeutique et comme modèle hypothétique de compréhension des comportements humains. Quel fut l'itinéraire de Freud?

Une vie, une oeuvre

Pour lui être fidèle, le mieux est peut-êtreencore de suivre son propre récit autobiographique que l'on pourrait intituler, à la manière d'Alain, «l'histoire de mes idées». Autant de découvertes scientifiques majeures, autant d'étapes essentielles sur le chemin de la vie.

La première grande période correspond aux années d'apprentissage. Né à Freiberg le 6 mai 1856 en Moravie (actuelle République tchèque), Freud dit tenir de ses originesjuives trois qualités qui l'ont beaucoup aidé dans ses luttes: la vénération pour la connaissance en général, surtout les sciences; un esprit critique très libre et une grande résistance à l'hostilité. Quant à sa situation de famille, elle apparaît déjà comme exemplaire de l'Oedipe: un père qui se remarie à une toute jeune femme, à peine plus âgée que le fils aîné du premier lit.

La soif de savoirva orienter d'abord le jeune Freud vers la médecine, la botanique, la chimie, la zoologie, l'anatomie pathologique, mais aussi vers la philosophie et l'histoire. Comme l'écrit justement M. Robert: «Matérialiste, positiviste... fermement convaincu que les causes des maladies sont à rechercher dans l'organisme et que l'opinion contraire n'est qu'une illusion ou un préjugé, le Freud d'avant Freudaurait sans doute pu devenir l'un de ces chercheurs éminents qui se font un nom dans le cercle étroit de leur spécialité, plus ou moins loin du grand public.» (4)

Une expérience médicale nouvelle introduit un changement d'orientation et ouvre une nouvelle période que Freud appelle avec humour la «préhistoire cathartique de la psychanalyse» (5).

Confronté à des patients injustement qualifiés de«simulateurs» ou de «nerveux», il commence à se consacrer à la délicate question de l'hystérie. Au contact de Charcot à Paris, de Liebault et de Bernheim à Nancy, puis de Janet, il découvre par l'hypnose et la suggestion médicale qu'il pourrait exister «des processus psychiques puissants qui ne s'en dérobent pas moins à la conscience de l'homme» (6) et le poussent à agir à son insu. Très vite,les symptômes hystériques lui apparaissent liés à des expériences antérieures oubliées. La crise cathartique montre que le symptôme naît de la rétention d'un affect et que cet affect est souvent lié à la sexualité. Contrairement à ce que pense Janet, l'hystérique ne souffre pas d'une faiblesse constitutionnelle aboutissant au clivage psychique; il faut parler d'un véritable conflit «psychiqueinconscient», aussi monstrueuse que cette expression puisse paraître (7). La mésaventure de Breuer avec Anna O. confirme que dans l'expérience cathartique, l'hystérique n'est pas un simulateur, mais un malade qui cherche à exprimer ce à quoi il n'a pas habituellement accès.

De l'aveu même de Freud, la période historique de la psychanalyse commence avec le constat que l'abréaction ne suffit pas à...
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