Generation rap

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  • Publié le : 7 avril 2010
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La reconnaissance publique dont jouit actuellement le Rap tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui “institué”, voire “institutionnalisé”. Le corpus qui nous est présenté témoigne ainsi de cette légitimation générationnelle. Les deux premiers documents, issus de travaux universitaires, mettent l’accentsur le phénomène de reconnaissance dont bénéficie le Rap et ont pour but de combattre un certain nombre de préjugés persistants. Quant aux deux derniers documents, il s’agit de paroles de chansons par lesquelles des rappeurs célèbres, en portant un regard rétrospectif sur leur passé, tentent d’en assumer l’héritage et les contradictions. Plus fondamentalement, la vocation de ce corpus est demontrer que l’ancrage identitaire et générationnel du rap (première partie) s’est progressivement élargi et modifié (deuxième partie) au point de nourrir un discours novateur sur l’identité nationale (troisième partie).



À l’origine, le rap est un phénomène urbain marqué par le déracinement identitaire d’une jeunesse confrontée à l’échec des politiques d’intégration et de socialisation.L’enquête sociologique menée par Stéphanie Molinero, (Les publics du rap, éd. L’Harmattan, Paris 2006) la conduit à rappeler combien, particulièrement dans les années 80 et 90, le rap a témoigné des aspirations spécifiques des jeunes dans les quartiers populaires. Pierre-Antoine Marti, dans Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire (éd. L’Harmattan, Paris 2006), souligne aussi à quelpoint l’enracinement du Rap dans les zones urbaines sensibles en a constitué l’identifiant majeur. Cet ancrage identitaire spécifique se trouve particulièrement bien exprimé dans les chansons de La Fouine, “Rap français” (Album Mes repères, 2009) et d’IAM “Nos heures de gloire” (Album, Saison 5, 2008). C’est en effet le vocabulaire des banlieues, mais aussi l’appartenance ethnique ou groupale qui leurconfère une grande partie de leur potentiel d’expressivité : ce qui prime donc quand on aborde le rap, c’est en premier lieu l’identité générationnelle.

Identité générationnelle faite de valeurs et de normes communes largement transgressives. La Fouine par exemple revient sur son enfance marquée par la précarité, l’exclusion et l’échec scolaire. On pourrait aussi citer IAM qui évoque, non sanscomplaisance et une certaine nostalgie, ses jeunes “heures de gloire”, faites de débrouille quotidienne, de petite délinquance et d’une vie sociale la plupart du temps instable et déviante. Dans les deux cas, l’échec scolaire, les difficultés intrafamiliales amènent les jeunes à chercher des formes de reconnaissance alternative dans une socialité en réseau définie par la marginalité, la culturede groupe et la revendication d’un langage nouveau comme marqueur social. Pierre-Antoine Marti par exemple rappelle combien les rappeurs avaient “conscience de participer à un mouvement culturel à forte dimension sociale”. Dès lors, cantonner le rap à une “musique de jeunes” ne relève-t-il pas du cliché ? Entre le rap des années 80 et le rap d’aujourd’hui s’est en effet creusé un fosségénérationnel qui invite à reconsidérer la culture rap.



Il serait assez réducteur de ne pas comprendre que le rap s’est progressivement intégré au patrimoine culturel de la France. Dans son enquête sociologique, Stéphanie Molinero montre que la massification de la culture rap et son évolution à la fin des années 2000 vers le statut d’une musique plus institutionnalisée a entraîné desruptures progressives inter mais aussi intragénérationnelles : elle en conclut que “le rap aurait ainsi en partie perdu, en quelques années, son pouvoir unificateur auprès de la jeunesse française” pour toucher des publics plus larges. Pierre-Antoine Marti souligne quant à lui, combien le mouvement rap s’est progressivement fait l’écho d’un malaise global, qui dépasse son ancrage identitaire comme...
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