Genette figure 2

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Gérard Genette. Figures II. Paris (Le Seuil) 1969, 297 pp. Morten Nøjgaard Avec cette nouvelle série d'essais brillants, Gérard Genette se réaffirme comme un des maîtres de la critique française actuelle. Son registre est large et varié, allant de la poésie baroque d'un Saint-Amant à la prose moderne d'un Proust en passant par une série de réflexions théoriques de haute volée. Actuellement, 3grands courants se partagent le domaine de la critique littéraire en France : les études sémiologiques, qui s'inspirent des méthodes de la linguistique structurale, les études thématiques, inspirées à la fois par la psychanalyse littéraire d'un Charles Mauron et par la philosophie des éléments d'un Gaston Bachelard, et les études rhétoriques qui marquent un renouvellement de la stylistique d'unCharles Bally à partir d'une réflexion neuve suf les fonctions du discours littéraire. Il semble que dans ce volume Gérard Genette ait pris soin de ne pas prendre parti dans les querelles qui opposent ces 3 écoles, puisqu'il pratique, tour à tour, les méthodes qui leur sont propres. Ainsi les notes sur Stendhal s'insèrent très nettement dans les recherches sur la thématique profonde inscrite danstoute une œuvre; un long essai examine la sémiologie du langage proustien, tandis que l'important compte rendu du livre de Jean Cohen sur les structures du langage poétique relève clairement de la rhétorique. A part ce que de telles distinctions ont toujours d'un peu arbitraire, il ne fait pas de doute, à mon sens, que le vrai domaine de Gérard Genette est précisément ce qu'on pourrait appeler la «nouvelle rhétorique ». Dans des analyses stimulantes et solides, Gérard Genette apporte une contribution importante à la reconstitution de cette discipline si longtemps décriée. Il est significatif que Gérard Genette s'inspire fortement de la pensée mallarméenne et on pourrait mettre en exergue aux études vraiment positives du volume un mot de Mallarmé que Gérard Genette cite à plusieurs reprises etdans lequel Mallarmé parle du désir qu'a le poète de rencontrer dans 3e langage une correspondance exacte entre le son et le sens des mots. Cependant, ce « défaut » du langage commun constitue justement pour Mallarmé la chance de la poésie qui peut compenser ce manque : « [. . .] seulement, sachons, n'existerait pas le vers: lui, philosophiquement rémunère le défaut des langues, complémentsupérieur. » (V. p. ex. p. 144). Dans l'essai liminaire, œuvre de circonstance assez décousue, Gérard Genette affirme sa foi en une critique « pure ». qui reconnaîtrait la solidarité entre la forme du contenu et la forme de l'expression (selon la formule de Hjelmslev). critique donc qui analyserait « ces thèmes-formes, ces structures à deux faces Side 91 où s'articulent ensemble les partis-pris delangage et les partis-pris d'existence dont la liaison compose ce que la tradition appelle, d'un terme heureusement équivoque, un style ». (p. 20). Relevons en passant ce que cette définition a d'ambigu : Gérard Genette ne semble pas se rendre compte que la dichotomie hjelmslévienne exclut rigoureusement l'analyse simultanée de la forme de l'expressionet de la forme du contenu. Le caractèrearbitraire qui infirme toute analyse confondant les deux opérations n'est pas toujours absent des études de Gérard Genette. Relevons à ce titre la confusion à la mode entre critique descriptiveet critique créatrice (appelée autrefois critique normative). A moins d'attribuer à la littérature un statut singulier et entièrement idéal, hors de toute situation de communication sociale, comment peut-on nier quel'analyse intellectuellede l'objet littéraire soit une fonction toute différente du commentaire valorisé (selon des points de vue divers, sensibilité subjective, idéologie collective, goût, etc.) du même objet? Il est possible que le critique soit obligé d'entrer dans «le vertige, ou (. . .) le jeu, captivant et mortel, de l'écriture » (mais cela vaudrait alors pour tout usager du langage — ce...
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