Georges schehade

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  • Publié le : 3 avril 2011
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3.3. Georges Schehadé et les cultures de l’imagination

Nous avons exploré, lors du cours précédent, à la fois la sémantique et la syntaxe de l’image dans les poèmes de Georges Schehadé. Pour cela, nous nous en sommes tenus, d’une part, à des éléments d’analyse proprement linguistiques et textuels (écart sémantique, constitution de paradigmes thématiques, cohésion textuelle), d’autrepart, à la suite de Jean-Pierre Richard, à l’esquisse de ce que l’on pourrait appeler une analyse existentielle (reposant sur une dialectique du dedans et du dehors). D’une manière générale, nous pouvons dire que nous avons été conduits à constater la pertinence de la prise en compte de l’image et de l’imaginaire pour l’étude de la poésie de Schehadé. Non seulement, l’imagination, en tant que facultéproductrice d’un imaginaire, nous est apparue comme étant au centre du processus même de la création poétique, mais encore, nous avons pu établir un certain nombre de motifs ou thèmes privilégiés d’un paysage imaginaire (en partant de « l’arbre »), ainsi qu’une certaine dramatisation du rapport de l’existant à ce paysage (question de « l’habitation »). Ce faisant, nous avons considéré le texte deSchehadé de façon immanente, sans l’insérer, comme nous l’avions fait dans un premier temps, dans une situation définie par un lieu et un temps, et nous ne nous sommes pas davantage souciés de donner un sens culturel plus large à cette expérience imaginaire. C’est que cette expérience, si universelle dans ses thèmes (l’arbre, le jardin, la montagne…), pourrait dénoter une expérience générale, sansparticularité culturelle. Pourtant, ce que nous allons voir dans ce troisième et dernier cours sur Schehadé, c’est que cette valorisation de l’imaginaire, et les formes d’expérience imaginaire qu’elle éveille, s’inscrivent dans des systèmes culturels particuliers, dans différentes cultures de l’imagination[1]. C’est ici que nous retrouvons la question de l’hybridation, qui oriente notre étude desécritures francophones méditerranéennes. Il est de fait très probable que la valorisation de l’imaginaire dans Les Poésies de Georges Schehadé est plurielle ou hybride. Différentes manières de vivre l’expérience imaginaire s’y superposent. Précisément, nous explorerons successivement trois cultures de l’imagination, en lesquelles on peut essayer de décomposer l’appartenance culturelle hybride deSchehadé. Ces trois cultures sont : 1) l’imagination surréaliste, qui elle-même s’inscrit dans une postérité du romantisme ; 2) l’imagination chrétienne orthodoxe, avec la question de l’incarnation et de l’icône ; 3) l’imagination du soufisme islamique, telle qu’elle a été mise en œuvre dans une poésie mystique. La pertinence du rattachement de Georges Schehadé à ces différentes cultures estcertes problématique, en particulier avec la dernière. Et la rareté du commentaire de Schehadé sur ses propres poèmes, son absence de souci d’expliciter une poétique en dehors de ses poèmes, rend ces rattachements d’autant plus hypothétiques. Dès lors faute de pouvoir résoudre la question, on pourra tout au moins tenter de prendre la mesure de la proximité, mais aussi de la différence, avec telle outelle forme d’expérience.

3.3.1. Schehadé et le surréalisme

L’imagination chez Schehadé n’est pas étrangère à l’imagination surréaliste telle qu’elle a été théorisée par André Breton et telle qu’elle a été mise en œuvre, en particulier, par Paul Eluard. Parler ici d’influence est problématique, car l’influence est un phénomène impondérable, en l’absence d’une adhésion claire à un programmelittéraire ou d’une imitation démontrable de telle ou telle écriture. Pourtant, les marques d’adhésion de Schehadé au surréalisme ne manquent pas, même si elles sont quelque peu tardives, alors que son style s’est défini autour de 1930. Parmi ces marques, il faut tout d’abord revenir à l’échange épistolaire avec Eluard, consécutif à l’envoi de Poésies (qui deviendra Poésies I), en 1938. J’avais...
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