Gestion de l'eau en espagne

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  • Publié le : 28 novembre 2011
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Gestion de l'eau en Espagne : les canaux de la discorde (Laurent Carroué)

Approuvé en février 2001 par le gouvernement espagnol, le plan hydrologique national (PHN) prévoit le transfert des eaux de l'Ebre vers le sud-est de la péninsule. Il est l'objet de contestations qui traduisent les enjeux environnementaux, économiques et politiques liés à la maîtrise, à l'utilisation et à la répartitionde l'eau en Espagne et, au-delà, dans l'ensemble du bassin méditerranéen.

Dès l'Antiquité, la maîtrise de l'eau (régulation des débits, stockage, drainage, irrigation) a constitué un phénomène de civilisation essentiel dans le bassin méditerranéen. L'importance stratégique de la gestion de l'eau en fait depuis des siècles un instrument, mais aussi un symbole de pouvoir. Les vieillesorganisations communautaires gérant les regadios en sont une illustration comme, plus récemment, les politiques d'équipement mises en oeuvre par l'État central, de la dictature franquiste aux gouvernements socialistes des années 90 (avec, en particulier, la loi sur l'eau de 1993).

L'approvisionnement en eau, une préoccupation partagée dans le monde méditerranéen (document en pop-up)
Aujourd'hui, sil'Espagne est relativement bien arrosée (684 millimètres en moyenne chaque année), quatre facteurs géographiques interviennent pour expliquer une situation contrastée et tendue. D'abord, la chaleur estivale prélève 68% des volumes par évapotranspiration avant même tout ruissellement. Ensuite, la répartition est très inégale et oppose un Nord et un Nord-Ouest humides à un Sud aride : la Catalogne reçoit800 mm/an, mais le Cap de Gata, à l'extrême sud, seulement 113. Troisième facteur : les variations saisonnières (génératrices de crues dévastatrices) et interannuelles (avec des rapports de 1 à 7) font peser une incertitude permanente sur l'alimentation. Enfin, le fort cloisonnement des reliefs isole une succession de bassins étroits, alors qu'une grande partie des eaux de l'Espagne est drainéevers le Portugal. D'où la nécessité de stocker les excédents d'hiver.

Les menaces de pénurie sont renforcées par la constante augmentation des besoins. Alors que la consommation de la population (13%) et celle de l'industrie (7%) sont en forte hausse, du fait de la croissance démographique et urbaine, de l'élévation du niveau de vie et du développement industriel et touristique, l'agriculturecontinue d'utiliser 80% des ressources pour l'irrigation par submersion, laquelle entraîne un énorme gaspillage. Ces dernières décennies, l'intégration croissante de l'économie espagnole à l'Europe a encore favorisé le développement de nouveaux périmètres, valorisant l'avantage thermique dont dispose le sud de la péninsule pour se spécialiser dans des productions agricoles de masse à faible coût deproduction : ainsi, 3,5 millions d'hectares irrigués, soit 16% de la surface agricole utile, produisent 60% de la valeur agricole totale (fruits et légumes, céréales, riz, coton et canne à sucre...).

Cette stratégie s'est accompagnée d'aménagements ruraux intégrés, grâce à des équipements hydrauliques de grande ampleur. Dès la période franquiste, les principaux bassins furent dotés denombreux barrages qui transformèrent totalement le régime de certains fleuves, tandis qu'une politique de transferts des eaux entre bassins hydrographiques était mise en oeuvre dès les années 70. Ainsi, le Trasvase, un canal de 286 kilomètres de long entre les bassins du Tage et de la Segura, a été inauguré en 1979 : avec un débit de 33 m³/seconde, il permet l'irrigation de 135 000 hectares dans leshuertas de Murcie et de Lorca.

Pour remédier à cette situation, Madrid a lancé en 2000 un vaste plan hydrologique national (PHN) destiné à atténuer les disparités régionales par une meilleure répartition de l'eau sur l'ensemble du territoire. Le plan préconise la modernisation de l'irrigation et la remise en état des canalisations (20% de l'eau est perdue du fait de canalisations défectueuses)....
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