Gestion des conflits, non-violence et guerre juste

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 22 (5386 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 18 novembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Une proposition de modèle conceptuel et de
pédagogie d’éducation à la paix et à la non-violence

1. La non-violence est un nouveau paradigme de pensée
Depuis des siècles, la morale traditionnelle répète que l’usage d’une certaine violence est nécessaire pour empêcher la violence de l’emporter : c’est l’image du chirurgien qui soigne en amputant ou des pompiers qui recourent à uncontre-feu. Au XXe siècle, est né un nouveau paradigme autour du concept de « non-violence » : rompre avec la contradiction du médecin qui prétend soigner une infection avec des outils eux-mêmes infectés et se donner les moyens de répondre à la violence par autre chose que de la violence.

Dans l’ancien paradigme, la communauté humaine s’accorde globalement sur le refus éthique de la violence mais aussisur le bon sens d’accepter un certain nombre d’exceptions. Ainsi, la violence se justifie en cas de légitime défense, ainsi que dans des interventions militaires offensives que les responsables politiques présentent comme « nécessaires », « légitimes » et « courageuses ». Le schéma traditionnel est : « Non à la violence, sauf exceptions. Oui à la non-violence mais dans certains limites… ». Dans lenouveau paradigme, quelle que soit la justesse et la justice de la cause, si tel moyen est reconnu « violent », il y a lieu de lui retirer toute forme d’honneur, de légitimation et de nécessité, en se battant sur les plans culturel pour changer les mentalités, politique pour obtenir une législation mettant hors-la-loi l’acte « violent », et juridique pour que l’application des lois assorties desanctions entraîne effectivement un recul de la pratique qualifiée de « violente ».

Le processus se comprend aisément à un niveau social restreint : un éducateur frappant un enfant, aussi juste soit l’intention et la cause poursuivie, est aujourd’hui désapprouvé et sanctionné. En fait, son coup est l’expression d’une tragique impuissance : s’il est suffisamment formé à la gestion des conflits,il deviendra capable de stratégies plus efficaces que la violence physique. Sa conscience peut être éclairée par les repères clairs et précis que lui donne le principe de non-violence : « quelle que soit la fin poursuivie et les circonstances atténuantes, je m’interdis la violence physique à l’égard d’un enfant ». Dans « non-violence », le non a valeur de STOP, de limite à ne pas franchir : unefois que le moyen est reconnu comme intrinsèquement mauvais et qu’il existe des alternatives « non-violentes ».

La non-violence est ainsi d’une grande fécondité sur le plan pratique pour changer des comportements tolérés à titre de moindre mal mais progressivement rendus inacceptables au sein de nos sociétés. Sur le plan théorique, il reste à éprouver la rigueur de cette prétention que nouspouvons produire des forces qui luttent contre la violence sans elles-mêmes être de l’ordre de la violence, comme s’il y avait une différence de nature et non de degré entre ces forces, comme si on pouvait tracer de nettes frontières de démarcation dans le schéma suivant :

Acte violent Action non-violente Passivité

Selon quelles conditions et quelles modalités est-il possible de tracer cesdeux lignes verticales ? Et que faut-il ranger à gauche et à droite de chacune d’elles ? C’est à ces questions que ma thèse en cours à l’Université catholique de Louvain s’emploie à répondre.

2. Une pédagogie d’éducation à l’art de la paix
Dans ma pratique de formateur auprès des parents, dans les écoles et dans les entreprises, j’évite au départ le terme de non-violence afin d’éviter lesinterférences idéologiques. Mon option de partir de notre expérience humaine commune à tous me permet de donner des sessions à des publics très divers, y compris dans des milieux a priori très réfractaires à un militantisme non-violent : chefs d’entreprise, politiciens et militaires. Plutôt que d’enseigner un contenu, je cherche à transmettre un procédé efficace.

La force est dans la méthode....
tracking img