Gide faux monnayeurs

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  • Publié le : 6 avril 2011
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Les Faux-monnayeurs est un roman écrit par André Gide, publié en 1925 dans la Nouvelle Revue française (NRF). Alors que Gide a déjà écrit de nombreuses œuvres à cette époque, telles Les Caves du Vatican, il affirmera dans la dédicace à Roger Martin du Gard que c'est son « premier roman » (qualifiant ses publications antérieures de « récits » ou de « soties »).
Construit avec minutie, ce romanmultiplie les personnages, points de vue narratifs et intrigues secondaires diverses autour d'une histoire centrale. Par la liberté de l'écriture et la multiplicité des angles de vue, Gide se détache de la tradition littéraire du roman linéaire. À travers le personnage d'Édouard il montre les limites de la prétention du roman à reproduire le monde réel et ouvre ainsi la voie à la recherche pluslarge d'une écriture créatrice.
Ce roman aujourd'hui est considéré comme l'un des plus significatifs du XXe siècle, précurseur de mouvements littéraires comme le Nouveau Roman.
Par ailleurs, Gide illustre dans cette œuvre les idées sur l'homosexualité et la pédérastie qu'il théorise dans divers essais comme Corydon.

La construction du roman est très complexe et loin de la narration linéaireclassique. Les différentes histoires s'enchevêtrent les unes aux autres, les points de vue sont multiples et variables, le narrateur lui-même change régulièrement. Les genres narratifs sont, par ailleurs, multiples : journal intime, lettre, ... Il arrive même que l'auteur s'adresse directement au lecteur. La narration est ainsi fondée sur une ambiguïté constante.
À travers cette œuvre, l'auteur montreles limites du roman traditionnel et son échec dans sa prétention à décrire la complexité du monde réel. Il souhaite libérer ainsi la littérature de son carcan narratif pour faire du roman une œuvre d'art créatrice à part entière, plutôt que le simple réceptacle d'une histoire racontée.

Le commencement du roman est aussi un commencement radical pour Bernard : aussi, au début de ce roman,l'écriture est-elle pour le romancier une manière de penser sa propre liberté, en même temps que celle du personnage. Comme tout commencement, c'est un moment crucial, dont les ondes de choc se répandront dans toute la première partie du roman.

Une fonction d'exposition
Voici la situation de la chronologie : Bernard vient de découvrir, dans une console du domicile familial, une lettre signée parl'amant de sa mère, et adressée à celle-ci. Mais cette découverte n'est évoquée que de manière indirecte, à la fin de la séquence ; et le plus-que-parfait renvoie non pas à cet épisode qui précède immédiatement le début du récit, mais à la situation antérieure à cette découverte : « Bernard Profitendieu était resté à la maison pour potasser son bachot ». Le passé lointain (« une lettre d'amourvieille de dix-sept ans ») n'est pas exploré, Bernard s'en détourne : « N'approfondissons pas ». Symétrique de ce passé récent, le futur proche n'est présent qu'implicitement, dans les questions et les impératifs (« Sied-il d'interroger ma mère ?... [...] Ne retenons de ceci que la délivrance. N'approfondissons pas. ») qui font de l'avenir une page vierge, dépourvue de toute détermination. Le pivotdu récit, désigné par les verbes au passé simple, est la situation présente, définie par rapport à Bernard : par exemple « Il releva la tête et prêta l'oreille. »
Deux espaces s'opposent : l'espace domestique d'une part, où Bernard étouffe (« Bien que Bernard eût mis bas sa veste, il étouffait. »), et les lieux divers où sa famille se trouve, dispersée (« son père et son frère aîné étaientretenus au Palais ; sa mère en visite ; sa sœur à un concert ; et quant au puîné, le petit Caloub, une pension le bouclait au sortir du lycée chaque jour. ») À l'unicité du domicile, s'oppose la multiplicité des lieux occupés par les proches : comme le temps, l'espace se définit par rapport au protagoniste Bernard. Ces espaces présentent cependant un point commun : ce sont des lieux fermés, les uns...
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