Gide "sile grain ne meurt"

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  • Publié le : 5 avril 2010
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Misce en scène du double je
dans

Si le grain ne meurt

D’

André Gide


L’œuvre autobiographique Si le grain ne meurt est formellement basée sur une mise en scène d’un « je ». Sans remettre totalement en question le genre autobiographique dit classique, André Gide en utilise certains aspects pour construire son récit qu’il veut dramatique. Le lecteur est alors confronté à un récitautobiographique qu’il peine à dissocier d’un simple récit narratif, difficultés engendrées par les stratégies auxquelles recourt André Gide. La dualité du « je » narré et du « je » narrant ainsi que l’utilisation qu’en fait son auteur appartiennent clairement à ses stratégies narrative. Ce double « je » est donc présent tout au long du texte, mais existe de manière plus relevante à trois instantsclés du récit soit les deux pactes autobiographiques et le passage de la première à la seconde partie. Ces apparitions bien définies ne sont en effet pas laissées au hasard. Ce travail consistera en une approche précise de la dualité du « je » qui rythme le récit et qui complique la lecture d’une telle œuvre.

Durant tout le récit, le « je » se réfère à André Gide. Le point de vue n’est cependantpas toujours identique. En effet, une trentaine d’années séparent le moment où se déroulent les événements et l’instant de narration. L’homme et l’écrivain changent de masque avec une rapidité étonnante :
J’aime le jeu, l’inconnu, l’aventure: j’aime à n’être pas où l’on me croit (…). Il m’importe avant tout de pouvoir penser librement.

Certaines intrusions d’éléments fictionnels sontrepérables grâce à la voix narrative. À certains moments, l’écriture semble rejoindre l’événement décrit. Cette sensation ressort principalement de l’utilisation du présent qui met au même niveau les deux instants, pourtant séparés de trente ans. Cela donne une impression de sincérité totale envers le lecteur. Le lien de sincérité entre l’auteur et le lecteur prend également en compte l’horizon d’attentepropre à un récit autobiographique : en effet, le public de 1926 attend l’aveu honteux que l’auteur doit dévoiler. La narration au présent offre donc au lecteur la sensation de vivre les événements en temps réel et accentue la tension d’une confession qui tarde à venir.
La déclaration de Georges May confirme ce point de vue :
La curiosité qui nous pousse à lire les mémoires des autres peutprocéder d’abord de motifs assez peu avouables, du genre de ceux qui ont assuré le succès des Mémoires de Casanova ou de Ma vie secrète : le désir de voir ce qui est le plus souvent caché. On met à les lire le même zèle indiscret qu’à décacheter la correspondance des autres, à regarder par le trou de serrure ou à soulever les feuilles de vignes.

En plus de cette proximité de narration - due àl’utilisation du présent- le lecteur semble rassuré quant à la réalisation de la confession de Gide par la présence du pacte autobiographique. Ce terme théorique développé par Philippe Lejeune est un élément primordial dans toutes autobiographies dites classiques. Ce pacte de sincérité permet au lecteur d’être assuré des intentions du narrateur qui sont de se dévoiler partiellement ou totalement mais illui permet avant tout d’être certain d’accéder à la confession de l’auteur. Dans Si le grain ne meurt, le pacte de lecture, ou de sincérité, apparaît dès les premières pages :
Je sais de reste le tort que je me fais en racontant ceci et ce qui va suivre : je pressens le parti qu’on pourra tirer contre moi. Mais mon récit n’a raison d’être que véridique. Mettons que c’est par pénitence que jel’écris.

Cette déclaration d’André Gide a une importance primordiale pour la construction de son récit et pour la relation qu’il construit avec le lecteur. La place de cette annonce n’a donc pas été laissée au hasard. En effet, si nous revenons au début du chapitre I, l’auteur fait référence de manière directe à sa découverte du plaisir solitaire :
Et l’on agitait bruyamment quelques...
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