Gilliatt, un personnage romantique

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  • Publié le : 23 juin 2010
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Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo

Gilliatt, un personnage romantique

Un être solitaire vivant dans l’isolement

Né de père inconnu et d’une mère probablement française, émigrée à Guernesey après la Révolution, Gilliatt a hérité son nom et son impopularité de cette femme considérée par les Guernesiais tantôt comme sa mère, tantôt comme sa tante ou sa grand-mère, avec laquelle ilvit seul, évité. Ses origines incertaines et son logis suspect, une maison autrefois « visionnée » (p.93) appelée le « Bû de la Rue » (p.95) du fait de son complet isolement à la pointe d’une langue de terre, « presque hors de l’île » (p.96), ont contribué à le rendre antipathique et inquiétant aux yeux d’une population prompte à se laisser influencer par les on dit et qui le tient « en quarantaine» (p.101). Il faut dire que, sauvage et farouche, Gilliatt ne cherche en rien à déjouer l’aversion publique qu’il inspire, ne partageant aucun des préjugés des Guernesiais, et il se satisfait pleinement de cette vie aux lisières de l’humain, partant même parfois vivre deux mois d’affilée dans quelque îlot solitaire, Chausey ou les Casquets (p.117).
L’ironie hugolienne particulièrement manifestedans les chapitres IV et V du livre premier consacrés à son « impopularité » et aux « autres côtés louches de Gilliatt », sert ici le personnage car que lui reproche-t-on au juste ? De préférer s’occuper de son jardin le dimanche plutôt que d’aller à la chapelle ? D’aller se promener la nuit sur les falaises et de jouer du bag-pipe face à la mer ? D’avoir chez lui de gros livres hérités de samère, dont le Candide de Voltaire (p.101), et de savoir lire et écrire (p.113) ? D’être serviable et bon au point de donner aux pauvres le surplus de poissons qu’il a péché (p.117) ? On le comprend, cette « réputation » qu’on lui attribue et qui suscite la suspicion n’a de « mauvais » que ce que des villageois arriérés et superstitieux veulent bien y voir. Le narrateur pour sa part prend fait et causepour Gilliatt.

Des dons obscurs

S’il est peu à l’aise avec les hommes, Gilliatt entretient avec la nature une relation privilégiée. Homme du dehors ayant appris de sa mère les secrets des plantes médicinales, il est souvent consulté et soigne les gens qui le lui demandent (p.111). Ses propos en forme de dictons : « le tilleul fleurit, fauchez les prés » (p.107), jugés mystérieux par lesGuernesiais, sont de bons conseils : qui les suit s’en trouve bien. Autant de pouvoirs, considérés par certains comme maléfiques, qui font de Gilliatt une sorte de « marcou » (p.109) ou fils du diable, vivant « en odeur de sorcellerie » (p.103) et qui lui valent son surnom de « Gilliatt le Malin » (p.113).
Symbole de cette connivence avec la nature, sa relation avec les oiseaux, « signe auquel onreconnaît généralement les magiciens », ironise l’auteur (p.109). Dès le début du roman, on apprend que « Gilliatt achetait tous les oiseaux qu’on lui apportait et les mettait en liberté » (p.101) et que pour déjouer le plaisir des « déniquoiseaux » qui consistait à dénicher les nids dans les falaises, il dressait des épouvantails afin d’empêcher les oiseaux de venir y nicher (p.109). Quand ildébarque sur les Douvres pour sauver la Durande, une rivalité s’instaure entre lui et les oiseaux de mer à qui occupera seul les lieux (p.331) et les « oiseaux de mauvais augure » lancent les premières hostilités en s’emparant de son panier de victuailles (p.333). Mais au fil du temps, Gilliatt devient l’un des leurs, les oiseaux lui indiquant les failles de rocher où trouver à boire :
Les oiseaux,de leur côté, ses cheveux hérissés et horribles et sa barbe longue, n’en avaient plus peur ; ce changement de figure les rassurait ; ils ne le trouvaient plus un homme et le croyaient une bête (p.365).
Devenus « bons amis », ce sont eux qui, inquiets de son immobilité prolongée après son cri de grâce à l’infini, le réveilleront pour lui signifier la victoire : une mouette « qui l’aimait sans...
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