Ginette

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  • Publié le : 9 mai 2010
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Texte de Molière Mise en scène de Mario Gonzalez Critique de Luce Zurita« Georges Dandin », « notre gendre », « le mari » ; tous, y compris Dandin lui-même, imposent un rôle à ce personnage éponyme qui est forcé de s’unifier sous le masque du mari trompé, de la victime d’une société sclérosée. La force comique du texte de Molière laisse transparaître la profonde cruauté qui régit cet espaceconcentrique, spirale sociale et donc théâtrale. Certes il faut en rire, mais d’un rire cathartique. Quel merveilleux carnaval alors, que de nous présenter ces marionnettes aux yeux exorbités et à la voix sentencieuse, à leurs gestes dont le mécanique tire sur le comique. Car la prestation des comédiens est telle que le tourbillon du spectacle s’emballe pour nous porter, essoufflés, sur ces derniersmots tragiques qui portent la mort du personnage, vaincu par des titres sociaux qui le condamnent. Georges Dandin, victime d’une corrida savamment orchestrée : l’intention du metteur en scène est palpable. Et nous public, sommes alors les auditeurs enthousiastes de quiproquos qui croustillent, les spectateurs d’un camaïeu flamboyant dans cette ronde de personnages qui danse et qui fait jeter lemasque à celui qui est au centre.Critique de Luce Zurita, étudiante à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris-IV). Critique de Juliette Denis-MigaultL’adaptation de la pièce originale de Molière George Dandin par Mario Gonzalez correspond sans doute à la conception du théâtre telle que l’envisageait Molière. La scène est en demi cercle, nous sommes devant la maison du personnage éponyme. C’est un lieude passage, de rencontre où se jouent les confrontations, le procès des diverses accusations. En effet, Dandin accuse sa femme d’infidélité. Celle-ci est issue d’un milieu bourgeois ; dénoncer sa perfidie crée un scandale touchant à l’honneur de la famille. Aussi, le pas de porte figure ses efforts pour reconquérir sa dignité en affirmant la propriété du lieu où il se tient toujours dehors. Ainsi,dès la première scène, Dandin nous expose les raisons de sa plainte, ses désillusions quant à ce mariage bafoué. Plusieurs monologues du même type se retrouvent durant la représentation, ils marquent autant de pauses, qui calment le rythme et l’énergie condensée du spectacle. Car il s’agit avant tout d’un spectacle. La circularité de la scène permet un espace dynamique où les acteurs vont etviennent en tous sens, créant comme une énergie en tourbillon. Le jeu avec les masques constitue l’originalité de la mise en scène de Mario Gonzalez. Ils définissent les personnages selon les stéréotypes correspondant à leur condition sociale et autorisent ainsi tous les excès, voire les clichés. De même les costumes renvoient à des catégories bien définies : les bourgeois sont évidemment peints demanières grossières et exubérantes, tandis que Dandin ou les serviteurs sont vêtus simplement. Ceci afin de marquer l’écart entre ce simple paysan et la noblesse pavanée, ostentatoire. C’est donc bien l’univers de Molière que restitue Gonzalez. Par le rire se dessine une satyre de la bourgeoisie ; loin de croire que la noblesse est synonyme de vertu et d’éducation, Gonzalez montre que derrièrel’apparente moralité des mœurs se dissimule un esprit perverti par le désir sexuel. Ce sentiment n’est évidemment pas réservé à la femme de Dandin puisqu’elle ne fait que répondre aux avances d’un courtisan. En outre, le serviteur de ce dernier s’échine à posséder la servante de la femme de Dandin. Gonzalez décrit ces rapports amoureux sous l’angle de la modernité : de courtes répliques au vocabulairecontemporain sont particulièrement drôles. À l’envers des sentiments puritains exacerbés, se jouent l’ardeur et l’avidité du désir. Le registre est donc bien celui de l’excès et Dandin fait figure de personnage tragique et touchant, il est de bonne foi mais désœuvré. C’est la tristesse et le malheur d’un homme dont le destin lui échappe et dont les occasions d’accuser sa femme lui glissent à...
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