Giono ecriture d invention

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  • Publié le : 6 juin 2011
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Voici le devoir d’une élève qui a composé en temps limité. L’ÉTRANGER Meursault, l’Étranger de Camus, a tué un homme : pour cela, il est jugé et condamné à mort. Il n’a pourtant pas l’âme d’un meurtrier, et on ne peut mettre le meurtre de celui qu’on connaît seulement sous le nom de « l’Arabe » que sur le compte de la chaleur écrasante. Un ami, Raymond Sintès, avec lequel il se trouvait le jourdu meurtre, tente de le défendre, mais ne réussit qu’à aggraver son cas. Meursault refuse de mentir à son procès : il est condamné à mort. Il attend son exécution dans sa cellule, après avoir malmené un prêtre qui a tenté obstinément de le ramener à Dieu, pour ne pas désespérer devant ce symbole de l’absurdité de la vie humaine. Et me voici dans ma cellule. Enfin seul. Si j’étais croyant, je diraismerci mon Dieu. Mais non. Et puis me mettre à croire maintenant, comme ça, d’un coup, comme eux, non. Merci bien. Et ce prêtre qui pleurait de voir que je ne croyais pas. Je n’étais pourtant pas censé être une référence, moi, monsieur. Je devrais peut-être dire « mon Père ». Mais sincèrement, quelle importance ? Il ne devrait pas être prêtre, il est comme moi, après tout. Oui, tout comme moi.Mais pourquoi en pleurer ? Je ne pleure pas, moi. Enfin… Tout cela n’est guère intéressant. Comme tout depuis le départ. Même la mort de maman : tout le monde meurt, pourquoi pas elle ? Je ne vois pas pourquoi on en a fait toute une histoire. Ç’aurait pu être moi, ç’aurait pu être n’importe qui. Ç’a été elle, c’est tout. Je ne comprends pas bien ce qu’on m’a reproché, le jour de l’enterrement.J’étais en noir, bien sûr. Je ne parlais pas beaucoup : je ne parle jamais beaucoup. Mais ça ne veut rien dire. Mais je me demande bien ce qu’ils voulaient, après tout : que je m’effondre ? Que je pleure ? Je me demande à quoi ça leur aurait servi.
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Peut-être parce que ça aurait fait plus vivant. Peut-être que cela les aurait rassurés : des larmes, ça fait bonneimpression. Ça fait « la vie continue malgré tout ». Malgré les chagrins, malgré les disparitions, malgré les obstacles. Ça fait « on est là pour pleurer, et après, on oublie ». Comment ils disent ça ? « Prendre sur soi ». Mais c’est de l’oubli. C’est tout. Et puis quoi ? Ils auraient peut-être voulu que je pleure aussi sur l’Arabe. Mais c’était comme pour maman : c’était son tour, comme ce sera lemien demain. Et puis, bon, c’était lui et les deux autres qui cherchaient la bagarre. Je ne pouvais pas laisser Raymond seul contre eux trois. Et après… Il faisait chaud. Et l’Arabe s’approchait, lentement, avec son couteau. J’avais chaud. Et Raymond n’était plus à côté de moi. J’avais très chaud. La lumière m’aveuglait. Un reflet sur le couteau… J’avais si chaud. C’est parti tout seul : cinq coupsde feu, disent-ils. Je ne m’en souviens pas. Mais s’ils le disent… Je ne sais même pas si j’ai bien visé. Je n’ai même pas regardé le corps : après tout, je ne le connaissais pas. Je n’ai jamais vu son visage, je ne le reconnaîtrais même pas, je crois. Combien de temps je suis resté, comme cela, après la mort de l’Arabe ? Il faisait si chaud ! Ils n’ont pas tardé à m’arrêter. Ce n’est pas comme sij’avais voulu me cacher : je ne vois pas à quoi cela aurait servi, non plus. Et puis mentir au procès, à quoi bon ? C’est du pareil au même : que j’y passe demain ou dans dix ans, quelle différence ? Au moins ça ne fera pas trop mal. Ce ne sera pas long. Ce n’est pas comme le procès : il était temps qu’il se termine. J’en avais assez d’attendre, sur mon banc, que tout le monde ait fini de parlerde moi. C’était fatigant. Est-ce que je leur demandais de me raconter leur vie, moi ? Il suffisait que j’aie tué l’Arabe. C’était tout. Je l’avais bien tué, je ne l’ai pas nié, que je sache. Quelle perte de temps ! Et l’avocat qui me demandait de mentir : à quoi bon, puisque toutes les preuves étaient contre moi ? Cela aurait rallongé le procès. Et puis je n’ai pas peur, moi. Je ne vis pas les...
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