Goddot

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  • Publié le : 20 mai 2010
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En attendant Godot de Beckett est une pièce qui pose plus d’une interrogation au regard d’une certaine conception qui fait du théâtre le lieu de l’action. Ses personnages n’ont aucune commune mesure avec des personnages tels qu’on peut en rencontrer dans la tragédie classique, dans la comédie ou dans le drame. Pour Beckett, la scène ne connaît ni progression, ni évolution, ni transformationsubstantielles. C’est le théâtre de la nudité, de la condition humaine réduite à une inanité absurde, se vautrant dans des tares incurables, condamnée à une déréliction dont aucun signe avant-coureur ne vient en réduire l’acuité. En attendant Godot est une pièce où rien ne se passe ou presque, si l’on attend de ses personnages volonté et action. En effet, en la considérant dans sa plasticité, la piècede Beckett se présente dans un décor neutre ou plutôt quasi vide, qui se démarque par son insignifiance. Mais derrière cette platitude ressentie à première vue, se cache une panoplie de thématiques que le dramaturge traite d’une manière sobre, sans fanfaronnade, comme si tout allait de soi, une procédure dramaturgique qui accroche la crédibilité du lecteur et l’absorbe dans ses replis. Y sonttraités temps et espace, sens et non sens, désespoir et souffrance, parodie et ironie, être et non être, identité et différence, présence et absence, vie et mort, divin et humain, geste et parole… Dans cette pièce de l’absence et du ratage, se laisse percevoir un grouillement de petites choses qui se manifestent non sans évidence. Entre autres, il est aisé de relever le thème du langage. Celui-ci estsi riche qu’il risque d’obnubiler tout le reste. Quand le personnage souffre, il parle ; quand il se réjouit, s’il se réjouit, il parle ; quand il se tait, le silence devient paradoxalement une forme d’expression. L’intérêt du langage peut être lu en filigrane dans le titre : En attendant, en l’occurrence Godot, les personnages sentent le besoin de faire quelque chose. Or, une attente n’estgénéralement meublée que par des mots, surtout quand on est dans un espace qui, de par sa platitude et sa vacuité, rend caduque toute velléité d’action. Comme si les personnages avaient convenu, dans l’attente de Godot, de faire quelque chose qui puisse atténuer tant soit peu leur angoisse. Aussi, la seule chose dont ils peuvent se prévaloir avec plus ou moins de certitude, c’est le langage. Pour lespersonnages de Beckett, « je cause donc je suis », ou si l’on veut, « je cause donc je peux être ». C’est l’impact du langage que nous proposons d’analyser, son rôle, ses diverses fonctions, son aptitude à rendre les multiples sentiments des personnages. Quand le langage ne rend pas compte d’une certaine référentialité, c’est sa « sui-référentialité », pour reprendre le terme de Benveniste, qui en estl’objet. Dans sa dimension référentielle donc, le langage, dans En attendant Godot, reste généralement en-deça du rôle qui lui est généralement dévolu ; les références représentées se distinguent par leur inachèvement .C’est ce que nous proposons d’appeler « la redondance référentielle », c’est-à-dire un retour à la même référence qui résiste à toute saisie ou détermination. C’est le cas del’histoire des « deux larrons » que Vladimir a envie de raconter à Estragon, qui se transforme vite en prétexte pour pérorer. « Ca passera le temps » (14) dira Vladimir quand Estragon l’arrêtera chaque fois sur des vétilles : « sauvé de quoi ? ». Vladimir a tellement besoin de parler qu’il continue à charrier des détails même si Estragon semble à la fin désintéressé, ne sachant sans doute pas de quoi ils’agit. L’autre histoire vouée au même inachèvement est celle de « L’Anglais au bordel ». Estragon demande à Vladimir de la lui raconter, et c’est lui-même qui, sans se faire prier, va l’entamer sans jamais aller jusqu’au bout. Le langage peut dire des choses, mais jamais il ne dira tout. Son handicap est reflété par l’obsession des personnages à reprendre ce qu’ils avaient par ailleurs...
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