Gorgias, la structure et les personnages

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  • Publié le : 6 octobre 2010
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PLATON, Gorgias
Structure et personnages

« Quel genre d’homme faut-il être ? » (p. 219) ; « quel genre de vie faut-il avoir ? » (p. 255). Cette question traverse le Gorgias et lui donne ce caractère engagé, voire poignant, qui fait toute sa force[1]. Platon rappelle constamment que le véritable enjeu du dialogue est le genre de vie qu’on doit mener, et non la rhétorique, qui n’en estqu’une expression. On n’est pas orateur ou philosophe par hasard, on le devient en conséquence d’un choix de vie. L’orateur voue sa vie à la quête du plaisir et de la puissance, le philosophe à celle de la vérité et de la justice. Le dialogue cherche à remonter d’une pratique vers ce qui la conditionne, pour présenter de manière radicale l’opposition entre philosophie et rhétorique.
A première vue, onpourrait s’y tromper tant les deux disciplines se ressemblent. La rhétorique est un art qui se sert uniquement de la parole (p. 130) et qui porte, selon Gorgias, sur les plus importantes des choses humaines (p. 133), c'est-à-dire « les questions où il faut savoir ce qui est juste et injuste » (p. 138). Voilà qui la place en concurrence avec la philosophie, qui se sert aussi du seul discours pourétudier ces mêmes questions. Mais cette dernière revendique un véritable « savoir » du juste et de l’injuste, tandis que la rhétorique ne serait que « productrice de conviction », de « croyance » (p. 141). Socrate va critiquer les prétentions de la rhétorique en montrant que son habileté à persuader s’édifie sur un savoir-faire de l’illusion.
Gorgias et Polos tentent à plusieurs reprises devaloriser la rhétorique (« le plus beau des arts », p. 124-125) à travers son objet, qui serait « le bien suprême » (p. 134). Socrate ne conteste pas que tel est en effet l’enjeu : le genre de vie qu’on doit mener est la question « qu’un homme, aussi peu de raison ait-il, devrait prendre le plus au sérieux » (p. 255). C’est pourquoi il laisse souvent de côté l’aspect formel de l’opposition entrephilosophie et rhétorique (quel genre de conviction produisent l’une et l’autre : savoir ou croyance ?) au profit de cet enjeu pratique. Il ne s’agit pas d’une querelle de clochers entre « penseurs professionnels » mais d’un problème qui intéresse chaque homme dans sa vie quotidienne.
De l’opposition trop abstraite entre rhétorique et philosophie, on passe à l’alternative plus concrète entre deuxtypes d’hommes. Le premier a choisi « une vie d’homme, qui traite des affaires d’homme, qui sait parler au peuple, qui pratique la rhétorique et fait de la politique ». Le second a opté pour « une vie passée à faire de la philosophie » (p. 255).
Un tel choix implique de savoir ce qu’on considère comme le « bien suprême ». Pour l’orateur, c’est la possession du plaisir et de la puissance ; pour lephilosophe en revanche, c’est celle de la vérité et de la justice. Socrate est constant dans ses affirmations, il dit et redit « toujours la même chose » (p. 274). Mais Gorgias et Polos, gênés, s’avèrent incapables de déclarer publiquement ce qu’au fond ils pensent secrètement. Il faut l’intervention de Calliclès pour que le débat soit enfin posé avec franchise et radicalité.
Le ballet desinterlocuteurs de Socrate structure la progression du dialogue. Avec Gorgias (447a-461b, p. 121-154), Socrate cherche à définir la rhétorique au cours d’un échange qui reste courtois. La tension s’accroît avec l’intervention de Polos (461b-481b, p. 154-209), qui ricane, qui persifle, mais qui est finalement contraint d’admettre que la rhétorique n’est pas un art mais une flatterie. L’entrée en scène deCalliclès radicalise un affrontement désormais sans faux-semblant ni hypocrisie (481b-506c, p. 209-269). On quitte provisoirement la question de la rhétorique au profit de celle de la justice et de la force des passions. Enfin, Calliclès refusant de répondre, Socrate s’exprime seul afin de justifier son choix d’une vie de justice et de philosophie (506b-527e, p. 269-311).
Les quatre parties...
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