Guerre civile espagne

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L’Espagne de 1918 à 1939

L’Espagne est demeurée neutre pendant la Grande guerre. L’année 1917, décisive en Europe, y a été pourtant marquée, comme chez les belligérants, par une série de troubles révélateurs d’une crise générale. Celle-ci comporte trois dimensions, révélant le caractère systémique du malaise espagnol, puisque, comme en 1905 en Russie, se téléscopent trois mouvements dontla conjonction pourrait être désastreuse pour le régime : la révolte militaire, l’agitation sociale et la fronde régionaliste. Devant la guerre de classe qui se profile, l’Armée rentre dans le rang et les nationalistes catalans s’inquiètent du gauchissement de leurs troupes et craignent de ne pas pouvoir se passer du bouclier de l’État espagnol face à la Révolution.

1 I. La fin de lamonarchie

1. Lendemains de non-guerre :

Déclenchée lors de l’ “ année terrible ” en Europe, la crise, loin de se résorber, s’approfondit avec le retour à la paix qui supprime la rente de situation de l’Espagne.. Le malaise militaire s’était exprimé sous la forme de juntas de défense (1917-1922) constituées par des officiers, expression de la division d’une Armée surencadrée[1] où lesAfricains s’emparent des places. Négociant directement avec le Roi des avantages corporatifs, elles témoignent d’une paralysie des institutions. Les nécessités du conflit colonial au Maroc (grand classique des dangers guettant la démocratie, avec celui de la place des armées dans la nation) entraînent la création d’une Légion étrangère (Millan Astray) en 1920. Ce corps d’élite professionnel est encoreinsuffisamment opérationnel pour éviter face à Abd el Krim, le désastre d’Annual (20 juillet 1921), meurtrier Dien Bien Phu espagnol où plusieurs milliers de soldats sont exterminés par les riffains révoltés. L’impéritie du commandement entraîne dans la péninsule un regain d’activité des juntas, affaiblissant à nouveau le pouvoir politique. La défaite (et le retournement qui s’ensuivra) vaentraîner une solidarité de corps des africanos face au personnel politique (cible, donc des péninsulaires et des coloniaux) et un regain de piété monarchiste chez les officiers, même modestes, le Roi ayant l’habileté de prodiguer son appui aux forces mises en difficulté qu’il faisait bénéficier de larges mesures d’avancement.
Divisée, l’Armée fait généralement front avec énergie à des courantsrévolutionnaires, qui le lui rendent bien.
En novembre 1917, Tierra y Libertad avait annoncé le “ triomphe des idées anarchistes en Russie ”. Dans la CNT (bien plus que chez les socialistes[2]), la sympathie pour la révolution russe est générale, en dépit de la répression dont les anarchistes commencent à faire l’objet de la part des bolcheviks (mais les événements de Cronstadt, qui marqueront unerupture avec les léninistes datent de mars 1921). Au congrès de décembre 1919 est décidée une “ adhésion provisoire ” au Komintern (IIIe Internationale), créé par Lénine en mars de la même année. L’illusion va se dissiper rapidement, au fil des voyages (Angel Pestaña) et des confirmations des persécutions engagées par les communistes russes[3]. Les libertaires semblent pour l’heure avoir le vent enpoupe comme en témoigne la crainte des possédants devant les occupations de terre en Andalousie. Surtout, la CNT obtient quelques succès revendicatifs spectaculaires (Salvador Seguí dirige la grève de l’électricité –la Canadiense[4]- de Barcelone) à l’issu de conflits violents (usage de pistoleros par le patronat, 45 00 arrestations, Ley de fugas[5], appel sous les drapeaux des grévistes). Cesluttes sociales témoignent de l’incapacité de l’État à faire respecter la loi par les grandes entreprises[6], mais aussi de la vigueur d’un anarchisme issu des couches rurales déshéritées qui avaient transplanté leur foi révolutionnaire dans l’émigration urbaine où elle essaime désormais chez des travailleurs qualifiés.
La radicalisation ambiante produit ses effets chez les socialistes, qui...
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