Guerre du liban 2006

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  • Publié le : 27 novembre 2010
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Il s’agit d’examiner ici la stratégie du Hezbollah dans cette guerre et les conséquences de ce mois de combat sur la scène politique libanaise. La première question posée est de savoir si le Hezbollah avait prévu les réactions à l’enlèvement des deux soldats israéliens. Deux réponses, en partie contradictoires, ont été données : plusieurs commentateurs israéliens et américains ont prétendu que leHezbollah avait commis une faute historique en menant cette action ; d’autres, et parfois les mêmes, ont affirmé que celle-ci avait été planifiée avec les autorités iraniennes. Dans une étude établie pour la fondation Carnegie pour la paix internationale, Amal Saad-Ghorayeh rappelle que le Hezbollah avait décrété que l’année 2006 serait l’« année des prisonniers », qu’il avait annoncé depuislongtemps sa volonté de capturer des soldats israéliens pour servir de monnaie d’échange contre des prisonniers libanais (et éventuellement palestiniens). L’action du 12 juillet n’est pas fondamentalement différente de celles qu’il avait menées (ou tenté de mener) les mois précédents ; elle ne dérogeait pas aux règles traditionnelles de l’affrontement entre le Hezbollah et Israël depuis le retrait dece dernier du Liban en mai 2000. Et, selon Mahmoud Qomati, membre du bureau politique du Hezbollah, celui-ci ne s’attendait pas à l’ampleur de la riposte israélienne.

Est-ce à dire qu’il a été pris totalement par surprise ? Non, répond Saad-Ghorayeh, et la capacité de riposte et de résistance du Hezbollah le confirme. Il y a longtemps que l’organisation s’est préparée à une telle éventualité,qui s’inscrit dans sa vision de la situation régionale : le Hezbollah n’a jamais considéré le Liban comme isolé du Proche-Orient ; il se perçoit certes comme un acteur libanais, mais aussi comme partie prenante d’une confrontation plus large entre, d’une part, Israël et les Etats-Unis (ainsi que leurs alliés arabes), et, d’autre part, les forces qui contestent l’hégémonie occidentale sur la région.Dans ce cadre, le Hezbollah n’a jamais douté qu’Israël tenterait, à un moment ou à un autre, de le détruire, et il s’est préparé en conséquence.

Sur le plan militaire, les succès de l’organisation sont incontestables. Non seulement elle a résisté à l’intervention israélienne, mais elle a infligé de lourdes pertes à une armée israélienne déboussolée. D’autre part, elle a paralysé tout le norddu pays et réussi à maintenir une partie importante de son potentiel militaire, notamment en matière de fusées. Son armement vient d’Iran ? L’armement israélien vient bien des Etats-Unis, rétorque le Hezbollah… La volonté israélienne de rétablir la capacité de « dissuasion » de son armée a été totalement mise en échec. Si les « règles du jeu » ont changé dans la région, c’est plutôt en faveur duHezbollah et de ses alliés.

Sur le plan politique régional, l’organisation a remporté un éclatant succès. Les tentatives des pays modérés arabes, aux premiers jours du conflit, de se distancier de l’organisation, de condamner ses actions, n’ont pas duré : devant le soutien populaire à la résistance dans le monde arabe et islamique, l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie, ont été contraintes demodifier leur discours et de condamner l’intervention israélienne. Jamais depuis très longtemps un dirigeant arabe n’avait joui de la popularité dont bénéficie Sayyed Hassan Nasrallah : ses interventions durant la guerre, prononcées sur un ton calme, sans la surenchère dont sont coutumiers les dirigeants arabes, ont forcé le respect.

C’est sur le plan politique libanais que le Hezbollahrisquait le plus gros. La réaction israélienne de destruction systématique du Liban aurait pu amener la population, comme l’espérait Tel-Aviv, à se retourner contre le Hezbollah, et à lui faire porter la responsabilité de tous les malheurs du pays. S’il a pu exister quelques jours de « flottement » après le 12 juillet, cela n’a pas duré : très vite, pour la majorité de la population, il est apparu...
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