Guerres interseigneurales

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  • Publié le : 27 novembre 2010
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Introduction 

Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 apr. J.-C., il faudra attendre le règne de Charlemagne (768-814) pour voir renaître un Etat stable, unifié et sécurisé. Mais le partage de Verdun en 843 amorce la chute de l’Empire carolingien. On assiste alors à une désagrégation totale de la notion d’Etat (res publica romaine), sous l’influence de nombreuses forces dedissociation : économie rurale fermée (autarcie) ; finances rudimentaires ; conception patrimoniale du pouvoir, qui a amené au partage de l’Empire ; pratique de la vassalité ; administration insuffisante qui, éloignée du pouvoir central, va peu à peu usurper certaines prérogatives de puissance publique ; enfin, reprise des invasions barbares aux frontières de l’Empire.
Dans ce contexte chaotique, du 10eau 15e siècle, font rage les guerres interseigneuriales, objet de notre présente étude.
Suite à l’éclatement du pouvoir et à un morcellement territorial conséquent qui amène à la construction de mottes fortifiées (phénomène d’encastellement ou enchâtellement), on voit émerger une nouvelle structure politique et économique : la seigneurie, aux contours mal délimités. Des guerres privées vontalors éclater, pour en fixer les frontières. Elles vont faire intervenir des lignées entières de seigneurs, qui pourront également mobiliser tous leurs « hommes », vassaux et roturiers. Finalement, ce sont des régions entières qui seront mises à feu et à sang par des guerres lourdes de conséquences pour l’économie et la vie même des habitants.
Ces guerres privées trouvent juridiquement leur fondementdans l’ancienne notion franque de « faide » (< fehd, en allemand), la vengeance privée. Cette justice archaïque légitimait la vengeance de la victime ou de sa famille, qui pouvait y renoncer moyennant versement d’une indemnité pécuniaire (le wergeld ou « prix du sang », en cas d’homicide). Dans ce cas, le seigneur intervient ici en tant que particulier pour défendre son droit bafoué. On préfèredonc défendre ses intérêts privés par la voie de fait, que recourir à la justice, voie de droit par excellence. Philippe de Beaumanoir, légiste français du 13e siècle légitimera la guerre privée, conséquence du démembrement de la souveraineté royale. Le seigneur, en tant que détenteur d’une parcelle de la puissance publique, maintient la paix, protège les hommes situés dans son détroit, il assurela sûreté, ce qui justifie entre autres son pouvoir militaire.

On pourrait s’étonner de l’absence de toute autorité régulatrice dans un tel contexte, mais au début de la période médiévale (du latin medium aevum), le roi n’est qu’un seigneur parmi d’autres, son autorité ne s’étend qu’aux limites du domaine royal en Ile-de-France. Dès lors, en province, les populations n’ont plus qu’à se tournervers les chefs de guerre locaux pour voir assurer leur protection. Aussi, on peut légitimement s’interroger : quel est l’impact de la bonne ou mauvaise santé de l’autorité royale sur l’ordre public au Moyen Age ?
On ne peut répondre à cette question sans faire observer que l’on distingue au cours du Moyen Age (987-1453) deux périodes bien marquées. La première, appelée « féodalité de la foi », quis’ouvre schématiquement du 10e au 12e siècle, se caractérise essentiellement par la guerre et l’aspiration à la paix des populations, par la toute-puissance seigneuriale et l’incapacité du roi à faire régner l’ordre public sur le territoire français.
Mais à partir du 12e siècle, l’on assiste à la restauration de l’autorité du roi sur tous ses sujets. Grâce à une habile stratégie d’alliancesmatrimoniales et une politique efficace d’achats de seigneuries, le roi va réussir à se placer à la tête de la pyramide féodale, à devenir suzerain et souverain. Et avec le soutien de ses légistes qui sauront utiliser le droit romain renaissant à son profit, il va peu à peu récupérer ses pouvoirs régaliens et ainsi instaurer la « Paix du Roi » : les guerres privées n’auront dès lors de cesse de...
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