Hérésie et société à valence

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HÉRÉSIE ET SOCIÉTÉ
au XVIe siècle. L’exemple valencien

Ricardo García Cárcel, Herejía y sociedad en el siglo XVI, La Inquisición en Valencia 1530-1609, ed. Peninsula, Barcelone, 1980, 350 p.

L’auteur, originaire de Valence, a été professeur à l’Universidad Autónoma de Barcelone. Après sa thèse sur Las Germanías de Valencia (1975), il s’est tourné vers le Tribunal del’Inquisition de Valence, un des trois seuls avec Tolède et Cuenca dont on ait conservé la majorité des procès, consacrant un premier livre à ses origines[1]. Le compte-rendu est loin d’épuiser la richesse d’un ouvrage qui, à partir d’une étude exhaustive des archives, éclaire aussi bien la teneur concrète des procès que les rouages de la société valencienne[2].

I. Trajectoire historique de l’Inquisitionvalencienne

La triple relation de l’Inquisition avec Rome, le pouvoir royal et les autorités locales est complexe. On peut distinguer cinq étapes en fonction de l’évolution des données du problème morisque.

1. 1530 - 1547: En dépit des baptêmes forcés qui leur furent donnés pendant les Germanías et dont la licéité donna lieu à contestation, les morisques continuèrent à s’adonner aux pratiquesmusulmanes, souvent avec la bénédiction de leurs seigneurs, comme le montra le procès en 1540 de don Sancho de Cardona, amiral d’Aragon et protecteur des morisques de Guadalest (voir dossier). La pression répétée des Cortes de Monzón[3] ) d’une part, l’attitude de Rome d’autre part, eurent pour résultat de soustraire le problème morisque à l’Inquisition, moyennant une contribution pécuniairesubstantielle.

2. 1547 - 1566. On assiste à la grande offensive du valdésianisme[4] et à l’institutionnalisation du tribunal. Cette mise en place s’accompagne de tensions grandissantes entre Rome et le pouvoir, l’Inquisition choisissant clairement son camp, celui du souverain. Le tribunal cherche à s’approprier la question morisque, mais il compte bien améliorer son assise financière et rested’abord fidèle à la politique conciliante à l’égard des morisques, accordant des concordias, en échange de sommes conséquentes. À l’initiative de l’archevêque Martín de Ayala, on traduit le catéchisme, on adopte un argumentaire plus souple tout en recherchant et en punissant les alfaquís. La lutte contre les idéologies est menée avec fermeté, le luthéranisme servant souvent de chef d’accusation contreles érasmiens[5], et s’étend aux livres et à la circulation des idées, témoignant de l’intensité de la vie culturelle (l’auteur parle pour la période suivante d’une véritable paranoïa xénophobe).

3. 1566 - 1580. Pendant cette période continue de dominer la thèse qui considérait les morisques comme des néophytes dans la foi avec lesquels il convenait d’user de patience en spéculant sur le temps,et cela malgré leur évidente complicité avec les Barbaresques qui ravageaient périodiquement les côtes valenciennes. Cette “troisième voie”, longtemps prônée par l’archevêque de Valence, Juan de Ribera, est remise en cause avec la guerre de Grenade : les autos da fe de la fin des années 70 frappent durement la communauté alors que le psychose collective anti-musulmane s’étend.

4. 1580 - 1595.Les graves inquiétudes suscitées par le problème morisque conduisirent à une intervention beaucoup plus active de l’Inquisition. La culture morisque est clairement associée à l’hérésie et l’activité répressive atteint son maximum à la fin du siècle, avec 798 accusés pour le quinquennat 1591-1595, dont plus de la moitié sont des morisques. Cette escalade s’accompagne, à l’époque de l’inquisiteurgénéral Gaspar de Quiroga (1573-1597), d’un véritable “puritanisme administratif”: les inquisiteurs sont soumis à un contrôle strict de la Suprême[6] et sévèrement tancés quand ils sont défaillants. Les visites se multiplient et permettent de réformer les conditions de détention afin que le secret soit mieux préservé et que les évasions soient plus difficiles. Le contrôle des familiers et des...