Hannah arendt, l'histoire

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  • Publié le : 5 août 2012
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Introduction
L'histoire est le produit de la subjectivité de l'historien, qui porte un regard rétrospectif sur le passé en le comprenant à la lumière de l'avenir, nous dit Hannah Arendt. Le concept d'histoire change de sens dans l'extrait de la Condition de l'homme moderne que l'on se propose d'expliquer. Il ne désigne plus la série des événements passés, mais le récit qu'on en fait. Elle estfaite par le « narrateur » et échappe à ses « acteurs » et n'est donc plus le produit direct des actions humaines comme on le pense généralement. H. Arendt justifie ce renversement en distinguant d'abord l'acteur et le narrateur, puis les « actions » et leur « signification », les « motifs » et le « sens », pour montrer ensuite que l'on ne fabrique pas l'histoire comme on fabrique un objet, carl'artisan et l'historien, c'est-à-dire l'acteur et le narrateur, ont des rapports inverses au temps. Le temps de l'histoire n'est pas celui de l'action singulière : c'est celui de la contemplation rétrospective. Comment s'écrit en effet l'histoire ? A-t-elle un sens unique et objectif, ou est-elle seulement subjective et susceptible de changer d'un historien à l'autre ? Peut-on la considérer comme unescience ?
Le point de départ de l'analyse de H. Arendt consiste à remarquer que le terme d'histoire est ambigu et désigne soit une série de faits, ayant vraiment eu lieu, soit le récit que l'on en fait, après qu'ils se sont déroulés. Si le premier sens du terme paraît objectif, car le contenu de l'histoire se rapporte aux faits, c'est-à-dire à l'objet, le second paraît en revanche subjectif, caril dépend de la conscience que le sujet en a. Cette distinction bien connue peut faire douter de la valeur scientifique du récit des historiens. Le sens commun peut en effet tenir l'histoire qu'écrivent ces professionnels de la discipline pour « subjective », au sens péjoratif du terme, en leur déniant toute objectivité. L'historien de métier ne donne qu'une version des faits, qui est la sienne.C'est nécessairement la moins bonne : le narrateur qui n'était pas là est moins bien placé que les acteurs pour connaître la vérité. Il n'a pas assisté à l'événement. Il ne peut donc être « objectif ». C'est justement contre ce préjugé que H. Arendt veut lutter, en renversant les positions que le sens commun attribue respectivement aux acteurs et aux narrateurs de l'histoire. La question est desavoir si celui qui participe à un événement peut porter un regard objectif sur lui. Arendt répond ici négativement.
L'histoire est toujours faite. Mais elle peut l'être soit par l'acteur, soit par le narrateur, et ne l'est pas dans les deux cas pour les mêmes raisons, ni de la même façon. Les acteurs « agissent » : ils ont des « motifs » particuliers et produisent des événements en cherchant àparvenir à leurs fins. Ils sont engagés dans l'action et la pratique. Le narrateur ne fait en revanche que « regarder » ces actions. Il cherche à en comprendre le sens et en fait le récit. Il est tourné vers la connaissance et la théorie. Cette distinction, qui montre à quel point les positions de l'acteur et du narrateur sont différentes, permet de comprendre pourquoi le second est mieux placé quele premier pour témoigner objectivement de l'histoire. L'acteur participe en effet à l'action, à l'inverse du narrateur. Mais il cherche moins la vérité que le succès et son but n'est pas de savoir, mais d'agir. Si l'on ne peut simultanément être juge et partie, il ne peut donc être « objectif », ni juste, car son interprétation des événements sera nécessairement partisane, partiale et partielle.Il racontera bien toute l'histoire, mais en la rapportant au but qu'il poursuit : il en donnera alors une version particulière, reposant sur la confusion du « motif » et du « sens ». Elle sera donc « subjective » et non objective, parce qu'entièrement relative à sa conscience et à ses propres fins. H. Arendt montre ainsi que l'acteur de l'histoire n'est pas le mieux placé pour la connaître,...
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