Hedayat, doute, certitude

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  • Publié le : 28 juillet 2010
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Hedayat, doute, quête de certitude
L’homme conscient de sa situation éphémère sait qu’il est la proie de la mort qui
mettra fin un jour à son existence. Une vérité éclatante, évidente, sans équivoque mais
pourtant accablante. Se soumettre à cette évidence pertinente est le noeud essentiel de
l’existence humaine. Car l’homme et certes uniquement l’homme est aussi une conscience
questionnante.Il aspire à répondre à cette présence fugitive.
Son questionnement est toujours hôte de l’angoisse qui impose deux bonnes
différentielles, acceptation et révolte où la quête questionnant projetée dans le gouffre du
tiraillement de l’être et du non être cherche le repos dans une réponse universelle et définitive.
Sadegh Hedayat désigne cette souffrance par le terme de “ douleur philosophique ”.
Les personnages décrits par Hedayat, consciemment ou inconsciemment, vivent tous
cette douleur profonde consubstantielle à leur structure de présence dans le monde : une
présence éphémère et hybride entre la vie et la mort, la finitude et l’éternité, liée à la terre
mais volant vers le ciel, en conflit avec le passé et pourtant attirée par la nostalgie de
l’origine ; ou encore se voulantmoderne mais restant toujours dans l’air ancien.
Entre Hedayat et ses personnages existe une correspondance étonnante, comme si
chaque histoire racontée n’était qu’un masque qui tombe pour révéler sa vérité intime, qui est
aussi une réponse à ses blessures douloureuses. Son regard sceptique et profond décortique
chacun qui n’est que la manifestation différenciée et actuelle de son être. Enidentifiant leur
forme, il tente de saisir leur secret occulte.
Au travers de ses personnages se dégage ainsi un certain être que je nomme “ homme
hédayatien ”.
Un homme issu d’un monde hybride, déchiré ou de l’entre-deux. Cet homme
est le dépôt des images millénaires et ancestrales, cachées dans la mer trouble de son âme. Il
est ainsi un homme comme tous les hommes mais pourtant il sent qu’ilexiste une certaine
différence entre lui et ses semblables. Il se considère comme une partie de tous mais pourtant
a l’impression qu’il est différent de tous : un désir de dépouillement le brûle ; la volonté de se
libérer des contraintes ancestrales l’interpelle, une force inconnue et interne le pousse vers la
connaissance des sources de sa personne afin de capter son destin et de sereconstituer
individuellement.
Où se trouve le “ situs ” dans l’homme hédayatien ? A quel temps appartient-il ? La
réponse à ces questions est liée à la compréhension d’un espace-temps à la fois particulier et
universel où “ topos ” et “ chronos ” ne sont qu’une topochronicité d’entre-deux qui aspire
à l’évidence et à la clarté de la certitude. Ces deux questions sont ainsi génératrices d’une
autrequestion : qu’est-ce que l’entre-deux où l’espace-temps de l’homme hédayatien trouve
sa signification ? Ce lien où la topochronicité donne sens à sa présence dans le monde ?
L’entre-deux est le médian, l’intervalle où l’on n’est ni de l’un ni de l’autre, tout en
étant de l’un et de l’autre. Ce sens premier, dès son application aux diverses échelles de l’Etre,
prend toute l’ampleur conceptuelledont je voudrais ici sauvegarder la richesse, en utilisant un
autre vocable, emprunté au vocabulaire technique de la pensée tant philosophique que
théologique de l’Islam iranien, pensée qui trouve elle-même ses racines dans l’Iran préislamique.
L’entre-deux ici traduit le mot Barzakh, littéralement et concrètement, “ point
de séparation et de rencontre ”. Par exemple, barzakh exprime courammentl’état entre
l’éveil et le sommeil ; ou encore, “ canal de Panama ” se dit “ barzakh-e Panama ” car il
forme la frontière et en même temps le trait d’union entre l’Amérique Centrale et l’Amérique
du Sud.
Le champ sémantique s’élargit ensuite à d’autres significations, plus abstraites,
cette fois. En théologie, barzakh désigne une sorte de purgatoire entre l’enfer et le paradis ou
même en...
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