Hernani

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Hernani, acte I, scène 2
HERNANI.
Chargé d'un mandat d'anathème,
Il faut que j'en arrive à m'effrayer moi-même!
Ecoutez. L'homme auquel, jeune, on vous destina,
Ruy De Silva, votre oncle, est duc de Pastrana,
Riche-homme d'Aragon, comte et grand de Castille.
Ô défaut de jeunesse, il peut, ô jeune fille,
Vous apporter tant d'or, de bijoux, de joyaux,
Que votre front reluise entre desfronts royaux ;
Et pour le rang, l'orgueil, la gloire et la richesse,
Mainte reine peut-être enviera sa duchesse!
Voilà donc ce qu'il est. Moi, je suis pauvre, et n'eus
Tout enfant, que les bois où je fuyais pieds nus.
Peut-être aurais-je aussi quelque blason illustre
Qu'une rouille de sang à cette heure délustre ;
Peut-être ai-je des droits, dans l'ombre ensevelis,
Qu'un drap d'échafaud noircache encor sous ses plis,
Et qui, si mon attente un jour n'est pas trompée,
Pourront de ce fourreau sortir avec l'épée.
En attendant, je n'ai reçu du ciel jaloux
Que l'air, le jour et l'eau, la dot qu'il donne à tous.
Or du duc ou de moi souffrez qu'on vous délivre,
Il faut choisir des deux, l'épouser, ou me suivre.
DOÑA SOL.
Je vous suivrai. [ 27 ]
HERNANI.
Parmi mes rudescompagnons?
Proscrits dont le bourreau sait d'avance les noms,
Gens dont jamais le fer ni le cœur ne s'émousse,
Ayant tous quelque sang à venger qui les pousse?
Vous viendrez commander ma bande, comme on dit?
Car, vous ne savez pas, moi, je suis un bandit!
Quand tout me poursuivait dans toutes les Espagnes :
Seule, dans ses forêts, dans ses hautes montagnes,
Dans ses rocs où l'on n'est que del'aigle aperçu,
La vieille Catalogne en mère m'a reçu.
Parmi ses montagnards, libres, pauvres et graves,
Je grandis, et demain, trois mille de ses braves,
Si ma voix dans leurs monts fait résonner ce cor,
Viendront... vous frissonnez, réfléchissez encor.
Me suivre dans les bois, dans les monts, sur les grèves,
Chez des hommes pareils aux démons de vos rêves ;
Soupçonner tout, les yeux,les voix, les pas, le bruit,
Dormir sur l'herbe, boire au torrent, et la nuit
Entendre, en allaitant quelque enfant qui s'éveille,
Les balles des mousquets siffler à votre oreille.
Etre errante avec moi, proscrite, et, s'il le faut,
Me suivre où je suivrai mon père, — à l'échafaud.

DOÑA SOL.
Je vous suivrai.
HERNANI.
Le duc est riche, grand, prospère.
Le duc n'a pas de tache au vieux nomde son père.
Le duc peut tout. Le duc vous offre avec sa main
Trésors, titres, bonheur...
DOÑA SOL.
Nous partirons demain.
Hernani, n'allez pas sur mon audace étrange
[ 28 ] Me blâmer. êtes-vous mon démon ou mon ange?
Je ne sais, mais je suis votre esclave. écoutez,
Allez où vous voudrez, j'irai. Restez, partez,
Je suis à vous. Pourquoi fais-je ainsi? Je l'ignore.
J'ai besoin de vousvoir, et de vous voir encore,
Et de vous voir toujours. Quand le bruit de vos pas
S'efface, alors je crois que mon cœur ne bat pas ;
Vous me manquez, je suis absente de moi-même ;
Mais dès qu'enfin ce pas que j'attends et que j'aime
Vient frapper mon oreille, alors il me souvient
Que je vis, et je sens mon âme qui revient!
HERNANI, la serrant dans ses bras.
Ange!

Hernani, acte I, scène 4HERNANI, [ 43 ] seul.
Oui, de ta suite, ô roi! De ta suite! — j'en suis.
Nuit et jour, en effet, pas à pas, je te suis!
Un poignard à la main, l'œil fixé sur ta trace,
Je vais! Ma race en moi poursuit en toi ta race!
Et puis, te voilà donc mon rival! Un instant,
Entre aimer et haïr je suis resté flottant,
Mon cœur pour elle et toi n'était point assez large,
J'oubliais en l'aimant tahaine qui me charge ;
Mais puisque tu le veux, puisque c'est toi qui viens
Me faire souvenir, c'est bon, je me souviens!
Mon amour fait pencher la balance incertaine,
Et tombe tout entier du côté de ma haine.
Oui, je suis de ta suite, et c'est toi qui l'as dit!
Va, jamais courtisan de ton lever maudit,
Jamais seigneur baisant ton ombre, ou majordome
Ayant à te servir abjuré son cœur d'homme,...
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