Hesbeen

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  • Publié le : 4 décembre 2011
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Le caring est-il prendre soin ?
Walter Hesbeen

es travaux de Jean Watson, infirmière et professeur à l’Université du Colorado aux États-Unis, sont souvent cités en référence dans le milieu infirmier. Tout récemment, une traduction française de son ouvrage Nursing. The philosophy and science of caringi vient d’être publiée sous la direction de Josiane Bonnetii. Il m’arrive fréquemment d’êtreconfronté à des questions relatives au caring : est-ce une nouvelle théorie ? comment la mettre en pratique dans le contexte européen ? quels liens y a-t-il entre mes travaux sur le « prendre soiniii » et ceux de Watson ? Si le caring et le « prendre soin » me semblent effectivement très proches et s’inscrivent indubitablement dans une tonalité soignante par essence humaniste, ces deux approches nepeuvent néanmoins être confondues même si elles présentent un certain nombre de similitudes. La question des rapports entre ces deux regards sur la pratique soignante me semblait dès lors devoir être posée. Aussi vais-je structurer le présent article autour de trois grandes questions : – Qu’est-ce que le caring ? – Qu’est-ce que « prendre soin » ? – Quels sont les points de rencontre et lesrisques de confusion ?

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Le caring
Il n’est pas aisé de définir le caring car la langue française semblerait manquer de mots pour nous proposer une traduction pertinente. Le philosophe Milton Mayeroff, cité dans la préface de la traduction française de Watson, nous propose une définition qui m’apparaît à la fois explicite mais aussi accessible à chaque groupe professionnel, voire

RevuePerspective soignante, Ed. Seli Arslan, Paris 1999, n°4

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Walter Hesbeen

plus simplement à chaque humain. Dans son ouvrage On caring, Mayeroff définit le caring comme : « l’activité d’aider une autre personne à croître et à s’actualiser, un processus, une manière d’entrer en relation avec l’autre qui favorise son développement.iv » L’approche philosophique situe ainsi le caring comme un actede vie qui transcende largement, tout en les incluant, les seules activités professionnelles marquées par le service rendu à autrui. Malgré cette ouverture amorcée par le philosophe, la littérature spécialisée fait généralement coïncider caring et « soins infirmiers », un peu comme si l’un était l’équivalent de l’autre. Pour de nombreux auteurs, la spécificité infirmière se trouverait ainsi dans lecaring, tout comme la particularité de la pratique médicale se trouverait dans le cure, c’est-à-dire le traitement, la guérison. Cette distinction entre le care et le cure, qui confine des groupes professionnels dans des champs différents quoique complémentaires, procède de ce que l’on peut qualifier de pensée disjonctive. Les auteurs qui abondent dans ce sens ont pris pour choix conceptuel dedisjoindre les pratiques professionnelles en attribuant aux uns les préoccupations relatives aux malades et aux autres celles relatives à la maladie. Je reviendrai plus loin sur ma perception de la pertinence de cette disjonction. Que nous dit Jean Watson à propos du caring ? Dans sa préface à l’édition française, Josiane Bonnet introduit les travaux de la théoricienne de la manière suivante :
JeanWatson nous invite à aborder la discipline infirmière comme la science du caring. […] elle définit le caring comme un ensemble de facteurs (qu’elle nomme « facteurs caratifs ») qui fondent une démarche soignante favorisant soit le développement ou le maintien de la santé soit une mort paisible. Ces facteurs caratifs sont étayés à la fois par une philosophie humaniste, qui est la clé de voûte del’approche soignante, et par un corpus de connaissances scientifiques qui ne cesse de s’accroître. Ils servent de guide structurant pour comprendre le processus thérapeutique interpersonnel qui s’instaure entre l’infirmière et la personne soignée. [p. 10]

Dans son ouvrage, Watson expose clairement ses ambitions et son orientation :
La pratique infirmière quotidienne doit prendre racine dans...
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