Hip hop: le besoin d'une nouvelle médiation culturelle

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  • Publié le : 7 mai 2011
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Plus qu’une médiation culturelle ou sociale de plus, le hip-hop a besoin d’une véritable médiation politique (nouveau modèle de citoyenneté), espace intermédiaire d’une médiation de la forme et une médiation de l’œuvre à travers l’instauration de pôles de ressources territoriaux. Nous tenterons de poser les conditions politiques de cette prise en compte suivant trois articulations : sortir duculturalisme, comprendre les processus, refonder l’idée de service public.

Table des matières

Sortir du culturalisme Comprendre les processus Refonder le service public pour une médiation politique

Le hip-hop appartient à ces sujets d’autant plus difficiles à expliquer
qu’ils paraissent évidents. En effet, quoi de plus évident que la visibilité du hip-hop, aussi bien d’un point de vueesthétique, culturel, économique ou social ? Sans compter les nombreuses manifestations consacrées au hip-hop, qui contesterait son poids dans l’industrie culturelle, chez les majors compagnies à travers le rap mais aussi la montée de la danse sur les scènes nationales et les théâtres. Même le graff qui semble apparemment plus effacé ne s’expose pas simplement sur les murs ou dans les galeries, ilpénètre différents corps de métiers (mode, design, graphisme, PAO, etc.). Il ne s’agit pas ici de polémiquer sur l’entrée des arts classés « mineurs » dans le monde du « grand art », de l’extension des prérogatives de la culture et de son ministère sur l’ensemble de l’industrie culturelle, de l’anoblissement de la consommation de masse et des nouvelles technologies comme moyen d’accès aux œuvres. Iln’est pas non plus dans nos propos de raviver le débat entre art social et l’art pour l’art1, entre l’art comme modalité ou l’art comme finalité en considérant l’importance de la présence hip-hop au sein des structures de proximité, des programmes sociaux et plus largement de la politique de la ville.

Au-delà des chiffres de ventes d’un côté, de l’accompagnement social et du maillage institutionnelde l’autre, la griffe esthétique hip-hop dépasse de loin sa sphère d’origine. Sans doute le hip-hop est confronté actuellement à un défi, celui de gérer cet écart entre d’un côté, une base comptant des dizaines de milliers d’acteurs directement concernés et de pratiquants engagés dans les disciplines artistiques, maîtrisant les codes et les messages, influençant en profondeur l’environnementsocioculturel, de l’autre, la massification d’une diffusion (des millions de disques pour le rap), et d’une transmission (des milliers d’heures de cours pour la danse), touchant un public de plus en plus large, plus ou moins averti. Faisons cependant deux remarques. En premier lieu, aucun mouvement fut-il considéré « mode » ne peut être réduit au simple jeu d’une réflexivité médiatique, d’un mimétismeadolescent parce qu’une consommation, même « de masse », n’est jamais passive. Ensuite, toute propagation exponentielle arrive un moment à un point de saturation pour ensuite se stabiliser ou retomber. Il faut distinguer ces accès de visibilité liés à des conditions extérieures aux hip-hop et le mouvement d’émergence propre à une forme (nous y reviendrons). Ce n’est pas la première fois en 20 ansd’histoire que le hip-hop est à l’origine d’explosions esthétiques. Rappelons-nous en 1984/85 l’effervescence déclenchée par l’émission de Sydney sur TF1. Beaucoup de danseurs s’arrêtèrent ensuite, d’autres continuèrent pour constituer avec les rappeurs la première école (« old-school »). Nous penserons également au mouvement du graffiti fortement médiatisé au milieu des années 1980, à celui desD.J. sur les radios libres, etc. Nous entendrons alors toujours un discours sur le « glas » du hip-hop parce qu’il est trop exposé ou au contraire trop ignoré. S’il appartient aux acteurs de ce mouvement de gérer ces contradictions internes, il existe d’autres contradictions soulignées par le hip-hop qui sont du ressort de la collectivité générale. Or, entre l’État et l’économie marchande,...
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