Histoire de la société française

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HISTOIRE DE LA SOCIETE FRANCAISE AUX XIXe ET XXe SIECLES:

LECONS SUR QUELQUES THEMES FONDAMENTAUX

Cours de 1ère année d’AES - Groupe II

par Danielle CABANIS, professeur

SEMESTRE d’AUTOMNE

1ère leçon introductive : La société française à la veille de la Révolution ou une brillante façade sur de profondes lézardes
Paris peut se croire le centre du monde tant est grand lerayonnement de la culture (Philosophie des Lumières, les Encyclopédistes), de la mode et des arts français. Le roi de France est à la tête de la nation la plus puissante en Europe, les Anglais ayant été humiliés par la perte de leur colonie américaine soutenue par la France, qui a engagé son aide financière en même temps que la fine fleur de la noblesse française allait se battre aux côtés des« Insurgents », se convainquant d’être devenus du fait de cet engagement personnel les champions de la liberté, les plus fervents porte-drapeaux d’un ordre nouveau. Le célèbre La Fayette y conquit une gloire qui fera de lui de manière bien exagérée le symbole du libéralisme. Le roi Louis XVI est monarque absolu de droit divin, en mesure théoriquement de faire respecter sa volonté par tous les corps de l’Etat,en recourant au lit de justice face aux Parlements et en utilisant l’efficacité redoutable des intendants pour mettre au pas tous les récalcitrants. Pourtant diverses menaces obscurcissent l’avenir du système : si personne ne s’en prend au principe de la monarchie, l’absolutisme est décrié et on a beau jeu d’opposer le modèle des despotes éclairés, tel Frédéric II, conseillés par les philosophesau nom de la raison. Enthousiasmés par le modèle anglais analysé par John Locke avant d’être repris, développé et popularisé par Montesquieu dans l’Esprit des Lois , séduits par les théories de la souveraineté populaire imaginée par Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social , les novateurs réclament ouvertement une réforme de l’Etat, justifiée selon eux par la crise sociale et par le désordrefinancier que nul ne parvient à résorber, de Necker à Calonne, en passant par Loménie de Brienne.
A la fois éprise de changement et manifestant le conservatisme le plus obtus, l’élite de la société joue le jeu dangereux de critiquer le roi, donc de le déstabiliser, sans pour autant faire un effort notamment pour soutenir les réformes les plus opportunes quand le pouvoir se décide enfin à yprocéder. Les Parlements en particulier pratiquent une obstruction quasi systématique en refusant d’enregistrer les ordonnances de réforme imaginées par des hommes aussi remarquables que Turgot. La tension politique et sociale croît aggravée par une mauvaise conjoncture agricole et un dérapage accéléré des valeurs sociales, qui ont fondé une société d’ordres, se justifiant par le droit à la différence,alors que se fait de plus en plus nette la revendication égalitaire.
La société d’ordres correspond à une répartition organiciste des charges sociales, chaque ordre ayant une fonction, marquée par des devoirs et des droits. Aussi longtemps que règne un certain équilibre entre les deux, la société est à peu près stable ; si en revanche un groupe supporte l’essentiel des charges sans droits niavantages en contrepartie, le système est menacé. La population française, composée de quelque 26 millions de personnes en 1789, comporte trois ordres, très distincts, médiocrement perméables, dont l’origine remonte au moyen âge :
1. Le prime ordre est le clergé qui prie pour le salut de la France (oratores), qui assume donc une mission spirituelle fondamentale. Ceci lui vaut en contrepartiel’exonération fiscale, à l’exception d’une dotation périodique due à la couronne au terme de négociations sordides : le « don gratuit du clergé », soit un forfait global réparti ensuite entre les différentes composantes du clergé.
On distingue traditionnellement le clergé régulier (moines et moniales) vivant dans des monastères en se conformant à une règle et le clergé séculier, exclusivement...