Histoire des juifs

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  • Publié le : 1 janvier 2009
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Il n’était pas donné au peuple de Juda de goûter le bonheur, ne fût-ce que pendant quelques générations, comme si sa force eût dû s’éprouver par de rapides alternatives de fortune et d’adversité. A la robuste et ferme unité de la seconde moitié du règne d’Ézéchias ne tardèrent pas à succéder les dissensions et la faiblesse ; de nouvelles tourmentes éclatèrent, la riche floraison de la féconditéspirituelle rit place à l’épuisement et à l’aridité. Il ne survint point, il est vrai, de calamités politiques sous les successeurs de ce prince ; ce danger ne menaçait le pays que de loin et passa promptement. Mais, à l’intérieur, on vit se produire sous Manassé, fils d’Ézéchias, qui régna, pour le malheur du royaume, plus d’un demi-siècle (695-641), un état de choses fait pour exciter larépulsion et qui était dû en partie au jeune âge de ce prince. Quand c’est un enfant qui occupe le trône et ses serviteurs qui gouvernent, l’ambition, la cupidité et d’autres passions plus haïssables encore trouvent toutes portes ouvertes devant elles, si les maîtres du pouvoir n’ont pas le cœur assez haut pour placer la patrie au-dessus de leur égoïsme. Or, tels n’étaient pas les grands qui entouraient lenouveau roi. Irrités, au contraire, d’avoir été tenus à l’écart sous le précédent règne, ils n’avaient qu’une pensée, reconquérir leur ancienne position et se venger des intrus qui les avaient supplantés. Le gouvernail de l’État passa aux mains d’officiers et de dignitaires qui n’eurent rien de plus pressé que de détruire l’œuvre d’Ézéchias. Le régime institué par ce roi — était-ce lerétablissement de l’ancienne constitution, était-ce une organisation nouvelle ? — avait ses racines dans l’antique doctrine israélite de l’unité et de l’immatérialité de Dieu, de l’horreur de toute idolâtrie et de l’unité du culte. Renverser cet ordre de choses devint le but des fanatiques qui, par eux-mêmes ou leurs amis, détenaient le pouvoir. Il se forma un parti de l’idolâtrie, que non seulementl’habitude, l’esprit d’imitation et la perversion des idées religieuses, mais encore une haine passionnée poussèrent à persécuter le principe national au profit du principe étranger. Les grands qui agissaient au nom de Manassé ne furent pas longtemps sans passer de l’intention aux actes. Peu après son avènement, ils firent publier que les hauts lieus, si rigoureusement proscrits par Ézéchias, pouvaient êtrerétablis. C’était gagner la masse du peuple à leurs projets. Bientôt ils multiplièrent à Jérusalem et jusque dans le temple les désordres d’une immonde idolâtrie. Ce ne fut pas seulement l’ancien culte cananéen, mais encore la religion assyro-babylonienne qu’ils y intronisèrent, comme pour défier le Dieu d’Israël, à qui le temple était consacré. Des autels furent élevés à Baal et à Astarté dansles deux vestibules de l’édifice, et des autels moindres érigés sur les toits, en l’honneur des cinq planètes. Dans le parvis se dressa une grande statue (Ssêmel), probablement celle de la déesse assyrienne Mylitta. Plus pernicieuse encore que ces signes matériels fut l’action de l’idolâtrie sur les mœurs. Des amants et des courtisanes sacrés (Kedeschot) furent entretenus dans le temple pour leculte d’Astarté ou de Mylitta, et des cellules dis-posées pour l’accomplissement de rites qui outrageaient la pudeur. Dans la belle vallée de Ghê-Hinnom se relevèrent les bûchers. Toutes ces abominations à peine croyables recommencèrent sous le règne de Manassé. On voulait faire entièrement oublier le Dieu d’Israël. Les idolâtres se persuadèrent et voulurent persuader aux autres que justement ceDieu-là était impuissant et ne pouvait pas plus porter bonheur que malheur. Grâce à l’habitude, grâce aussi à la contrainte apparemment exercée sur les opposants. ces désordres se propagèrent par tout le pays. Les Aaronides s’étant, de prime abord, refusés à cette apostasie, on fit venir de l’étranger, comme au temps de Jézabel et d’Athalie, des prêtres païens (Khemarim), qui furent admis même au...
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