Histoire des relations internationales

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LES RELATIONS INTERNATIONALES
par
Robert FRANK (*)
L’Histoire des relations internationales n’est pas une discipline nécessairement
bien connue des autres spécialistes « internationalistes ». Il faut dire
qu’il existe en France, plus qu’aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, un
compartimentage des disciplines s’intéressant aux relations internationales.
D’où ce déficit de connaissancesréciproques, d’où ce manque de synergies.
Une des grandes vertus de l’Annuaire Français de Relations Internationales
est de créer cet espace nécessaire de rencontres entre disciplines. Voici donc
une opportunité de faire connaître les travaux des historiens français, de
montrer qu’ils s’intéressent aussi aux interrogations formulées par d’autres
sciences humaines et sociales et de souligner ce quiparaît relever spécifiquement
de leur territoire.
L’historiographie française (1)
des relations internationales :
autour des « forces profondes »
et des « Processus de décision »
Un point de départ : Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle
L’historien Pierre Renouvin est à l’origine d’un grand tournant épistémologique
: dès les années cinquante, il a exprimé la volonté de dépasser lanotion d’ « Histoire diplomatique » pour la remplacer par celle d’« Histoire
des relations internationales ». À ses yeux, l’histoire des relations entre
diplomates, entre chancelleries, l’histoire des relations interétatiques sont
insuffisantes : « horizon trop restreint », écrit-il. Dans la perspective élargie de
Renouvin, « les rapports entre les gouvernements cessent d’être le centred’inté-
(*) Professeur d’Histoire des relations internationales contemporaines à l’Université Paris I – Panthéon-
Sorbonne.
(1) Nous nous limitons ici à l’historiographie française, déjà riche et féconde. Signalons cependant deux
livres importants qui font état respectivement de l’historiographie américaine et de l’historiographie allemande
: Michael J. Hogan/Thomas G. Paterson (dir.), Explaining theHistory of American Foreign Relations,
Cambridge University Press, 1991; Wilfried Loth/Jürgen Osterhammel (dir.), Internationale Geschichte.
Themen-Ergebnisse-Aussichten, R. Oldenburg Verlag, Munich, 2000.
rêt; ce qui importe, c’est l’histoire des rapports entre les peuples » (2). Nul
doute quel’historien a été inspiré par l’Ecole des Annales (du nom de la
revue fondée par Marc Bloch etLucien Febvre en 1929), école qui sortit la
discipline historique de sa tradition positiviste. Toutefois, Pierre Renouvin
s’est bien gardé de la citer. Ce sur quoi il a en revanche insisté, c’est sur une
notion qu’il a offerte à la communauté scientifique dès les années trente (3),
la notion des « forces profondes », ces forces qui pèsent sur le cours des relations
internationales : selon lui, àcôté des « forces matérielles » – les facteurs
géographiques, les conditions démographiques, les forces économiques –
figurent les « forces spirituelles » ou les « mentalités collectives », en particulier
le sentiment national, les nationalismes et le sentiment pacifiste. Ces différentes
« forces profondes », il les a décrites et analysées plus longuement et
plus systématiquement dans leschapitres de la première partie du livre qu’il
publia en 1964, avec Jean-Baptiste Duroselle, son disciple : Introduction à
l’histoire des relations internationales (4).
L’apport de Jean-Baptiste Duroselle à l’Histoire des relations internationales
est également essentiel. Rédacteur de la seconde partie de l’ouvrage
co-écrit avec Pierre Renouvin, partie intitulée « L’homme d’Etat », il a étudié,
àla lumière de ce que lui a appris la science politique américaine des
années cinquante, les processus de décision (decision making process) : en
quoi le décideur est-il influencé par les « forces profondes » à travers sa place
dans la société, sa formation, son entourage, les petits groupes de ses
conseillers, les réseaux de sociabilité, « l’ambiance » du moment, et dans
quelle mesure...
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