Histoire du droit

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  • Publié le : 9 août 2010
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 ¶ II - Le pouvoir de vie et de mort
 
§ 1 - Le titulaire du pouvoir
A - Le pouvoir de fait de la femme
• Il est tout à fait remarquable que les législations pénales de l'Orient antique ne prévoient qu'une seule hypothèse en matière d'avortement. Réserve faite de la Bible, dont vous verrons bientôt les problèmes qu'elle pose, l'hypothèse envisagée est celle où des hommes se battantdans la rue (hypothèse incluant toutes les violences involontaires), bagarre à l'occasion de laquelle une femme enceinte est bousculée. Sont alors distingués deux cas :
o - soit le choc cause un avortement, et alors la sanction est une indemnité pécuniaire à verser au "maître" de la femme, époux, père, beaux-père, ou propriétaire de l'esclave.
o - soit l'accidentcause la mort de la femme, et alors c'est la peine de l'homicide qui s'applique.
• Il en ressort deux choses, aussi importantes l'une que l'autre. D'abord que l'avortement volontaire ne se produit jamais hors de la maison familiale : l'Antiquité a toujours envisagé l'avortement comme relevant, non pas des lois de la cité, mais des lois de la maison. On voit par ailleurs que l'avortementn'est considéré que comme un dommage corporel, alors que seule la mort de la mère apparaît comme un homicide.
• C'est maintenant qu'il me faut faire intervenir le texte de la Bible, le seul texte où il y soit question d'un avortement provoqué par une intervention humaine.
• Lorsque Les Editions du Cerf publièrent, sous l'imprimatur du 29 octobre 1955, la première édition de LaBible de Jérusalem (c'est-à-dire. traduite en français sous la direction de l'Ecole biblique de Jérusalem), l'unique texte qui envisageait une hypothèse d'avortement causé par l'homme (Exode 21, 22-25), le lecteur pouvait trouver ce qui suit :
"22 Lorsque des hommes, au cours d'une rixe, bousculeront une femme enceinte qui de ce fait avortera, mais sans en mourir, l'auteur del'accident devra payer l'indemnité imposée par le maître de cette femme et il la paiera par l'intermédiaire d'arbitres.
23 Mais si elle en meurt , tu donneras vie pour vie,
24 oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied,
25 brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie."
L'édition de 1998 de LaBible de Jérusalem , présente au fidèle, toujours sous le même imprimatur du 29 octobre 1955, un texte qui signifie rigoureusement l'inverse :
 
"22 Si des hommes, en se battant, bousculent une femme enceinte et que celle-ci avorte mais sans autre accident , le coupable payera l'indemnité imposée par le maître de la femme, il paiera selon la décision des arbitres.
23 Mais s'il y a accident , tudonneras vie pour vie, oeil pour oeil, etc."
• Même s'il était avéré que la traduction la plus récente présente plus de garanties scientifiques, il n'en resterait pas moins que le Catholique français est maintenu dans l'ignorance de deux choses. D'abord que le texte qu'il considère comme authentique peut avoir, selon les éditions, une signification radicalement inverse. Ensuite que leseul texte considéré comme authentique par Rome s'est longtemps opposé à l'actuelle doctrine romaine de l'assimilation de l'avortement au meurtre, non seulement parce que le texte de la Vulgate (traduction latine de Saint Jérôme, à l'articulation des IVe et Ve siècles, reconnue comme texte authentique par le Concile de Trente) distingue l'avortement de l'homicide, mais aussi parce que l'Eglise atoujours condamné l'avortement, même dans la période qui, selon Aristote repris par Thomas d'Aquin, précédait l'animation du foetus (40 jours pour les garçons, 80 pour les filles), donc où l'être humain, selon cette théorie, n'existe pas encore.
• En fait, ce qui ressort essentiellement de l'histoire du droit antique est que l'avortement, ainsi que tout ce qui touchait à la contraception...
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