Histoire

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  • Publié le : 3 juin 2011
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Mortel pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un corps mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépoulpés, dénoués, délaissent leur jointure :

Ici l’une des mains tombe de pourriture,
Les yeux d’autre côté détournés à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pâture :Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le nez mi-rongé difforme le visage ;

Puis connaissant l’état de ta fragilité,
Fonde en Dieu seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage.

Jean-Baptiste Chassignet (1570? - 1635?), Le Mépris de la vie et consolation contre la mort.

Jean-BaptisteChassignet (1570?-1635?) est un Franc-Comtois qui illustre la littérature baroque en France. Redécouvert récemment, cet écrivain, élève des Jésuites, a mené à Dôle des études juridiques puis est devenu avocat fiscal. Il s’est distingué par des travaux d’histoire locale et surtout par les 434 sonnets du Mépris de la vie et consolation contre la mort (1594). Ces pièces sont caractéristiques de lasensibilité de l’époque par leur ferveur mystique mélancolique et leur violent réalisme.

Ce sonnet correspond bien au titre du recueil Le Mépris de la vie et consolation contre la mort dont il est tiré. C’est un poème apologétique qui s’inscrit dans le courant de poésie religieuse de l’époque. Cette poésie religieuse développe un discours militant, et vise à persuader le lecteur de se (re)tournervers Dieu. Nous pouvons y découvrir une argumentation en forme d’apologue.

En effet ce poème se compose :

D’une invitation à méditer. Le premier mot est important : ce poème est destiné aux mortels que nous sommes. Nous sommes définis comme des êtres mortels. Nous sommes conduits à "penser" (imaginer et réfléchir) à ce que nos yeux ne voient pas ou ne veulent voir : l’intérieur du tombeau.Cette pensée encore trop conceptuelle (et donc pas encore assez efficace) pour le poète prêcheur va se préciser, se concrétiser avec la description qui suit.
D’une description (deux quatrains et premier tercet). La description est horrible (vue et odeur insupportables). À la fin du premier quatrain, on note l’accumulation des termes avec le préfixe dé- signe d’anéantissement. La mort est ladissolution horrible de l’enveloppe corporelle et matérielle.
L’allitération en "R" pourrait signifier les grincements, les craquements, l’horreur de ce spectacle macabre. Chassignet nous donnerait à entendre ce qu’il décrit de façon à ce que tous les sens soient saisis : ouïe, vue, odorat, toucher (avec un mot comme glaire), goût (évoqué indirectement par les vers goulus).
Vers 5 :Inversion qui met en valeur Ici et pourriture (début et fin du vers), mais aussi et surtout un calembour qui joue sur les sens de tombe : se défaire, sépulture, vaincre totalement par immobilisation peut-être aussi. Il y a de même le symbole de la main : avidité, pouvoir, c’est par la main qu’on saisit, or cette main retourne au néant.
Il s’agit aussi de rabaisser l’orgueil humain, dont le corpsest voué à devenir l’« ordinaire pâture » de vers goulus, la beauté à se transformer en laideur et le lieu des plaisirs (le ventre) en source de puanteur…
À l’ordre classique se substitue un chaos grouillant et hideux (donc remarquable) à la démesure baroque. Baudelaire semble avoir retenu la leçon pour sa Charogne.
Et de sa morale (dernier tercet) qui fait référence à l’Écclésiaste,livre de la Bible (« vanité des vanités, tout est vanité », d’ailleurs le mot vanité est cité dans le dernier tercet). L’objectif de ce sonnet est de relativiser la vie terrestre qui se termine sur la putréfaction de la mort. Celui qui n’a pas mis son espoir en Dieu est voué au néant. Donc il est plus sage et plus savant (au sens de savoir utile) de considérer comme rien ce qui n’a pas Dieu comme...
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