Hobbes et le droit naturel

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  • Publié le : 20 mars 2010
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Hobbes serait pour Léo Strauss le fondateur de la philosophie politique moderne dont on peut dire qu’après Hannah Arendt et Carl Schmidt, elle a été remise en cause par Foucault, Deleuze et Badiou : il y a toujours plus de possibilités politiques qu’on ne nous le laisse entendre. Comprenez, il y a d’autre possibilités beaucoup plus immédiates que la politique représentative par laquelle le peupledélègue sa souveraineté. Hobbes est un penseur de la souveraineté absolue, mais il introduit une nouvelle forme de droit naturel. La définition qu’en donne Hobbes n’a rien à voir le droit naturel des Anciens comme ordre rationnel du monde. Pour Hobbes, le droit naturel est synonyme de puissance d’agir ou de capacité d’action. Pour l’individu, le droit naturel est avant tout celui de faire usagede sa puissance comme bon lui semble, en vue de la seule fin que la nature lui assigne : se conserver.
Dans la tradition antique le droit naturel se définit comme ce qui est conforme au juste, avec Hobbes, il est assimilé au seul instinct de conservation. Ce que Hobbes nomme peur de la mort devient principe fondamental de la politique moderne. Cette politique « moderne » repose sur la souverainetépropre aux sociétés disciplinaires, la souveraineté est l’instance toute puissante à qui est concédé le droit naturel. C’est elle qui possède droit de vie ou de mort. L’ordre politique n’a de légitimité pour autant qu’elle prémunit l’individu contre la menace de sa disparition. Hobbes ne pouvait ignorer qu’il rompait avec la tradition socratique exprimée entre autres textes, dans le Gorgias, oùPlaton fait dire à Socrate que, pour craindre la mort, il faut être tout à fait insensé ou tout à fait lâche. Le choix de Socrate qui se laisse condamner et infliger le châtiment suprême est à l’opposé du nouveau principe, qui au fond est propre aux sociétés disciplinaires (sur le modèle de la prison, de l’armée, de l’école).

Ce n’est pas un hasard si Hobbes distingue la loi naturelle du droitnaturel. Par le recensement autour de l’instinct de conservation de l’individu, Hobbes, avec son droit naturel, ne conçoit aucune existence sociale. L’homme n’est plus comme pour les Grecs, un « animal politique », la cité ne relève plus de la nature, elle ne peut être conçu comme étant logiquement antérieure à l’individu, ainsi que le disait Aristote. Elle devra être désormais déduite du droitnaturel, c’est-à-dire légitimée dans son existence à posteriori. C’est pourquoi Hobbes distingue soigneusement la loi naturelle du droit naturel. La loi naturelle contraint l’homme à faire usage des moyens les plus appropriés pour sa conservation. Ce calcul des moyens implique l’usage de sa raison. La loi naturelle est donc rationnelle, mais sont statut n’est pas celui d’un principe ou d’un critèremais bien celui d’un moyen. Avec Hobbes, la raison politique se fait instrumentale, elle vise non plus à la vérité, mais à l’efficacité, à la performativité. Si l’état social est plus légitime que l’état de nature, ce n’est pas parce qu’il serait plus juste mais parce qu’il est plus utile.
En effet, si l’homme vit en société c’est parce que la loi naturelle (le calcul intéressé) montre que ledroit naturel la puissance) est incapable d’assurer l’effacement de la conservation. Cette société humaine (on disait au XXe siècle) organique faite de liens sociaux est précisément celle qui subit une crise de culture, une dé liaison comme les appelait Hannah Arendt avec un certain désemparement. A l’état dit « de nature », chacun use de sa puissance, mais nul ne peut être certain de se maintenir envie. La puissance est par nature dépourvue de toute garantie, elle ne cesse de fluctuer. C’est parce que cette fluctuation mettrait en danger l’individu incapable d’assumer le tragique de l’existence que l’homme en vient à abandonner l’état dit « de nature » et met en place un pacte social.
Hobbes comprend le pacte social des sociétés hiérarchisées, comme le renoncement mutuel, par leur...
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