Hobbes : leviathan traduction de philippe folliot avec notes.

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HOBBES : LEVIATHAN Traduction de Philippe Folliot avec notes.
Chapitre 12 Chapitre 14 - Sommaire des chapitres traduits avec notes - Index Philotra

Chapitre 13 : De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur félicité et leur misère


La Nature a fait les hommes si égaux pour ce qui est des facultés du corps et de l'esprit que, quoiqu'on puisse trouver parfois un hommemanifestement plus fort corporellement, ou d'un esprit plus vif, cependant, tout compte fait, globalement, la différence entre un homme et un homme n'est pas si considérable qu'un homme particulier puisse de là revendiquer pour lui-même un avantage [1] auquel un autre ne puisse prétendre aussi bien que lui. Car, pour ce qui est de la force du corps, le plus faible a assez de force pour tuer leplus fort, soit par une machination secrète [2], soit en s'unissant à d'autres [3] qui sont menacés du même danger que lui-même.

Et encore, pour ce qui est des facultés de l'esprit, sans compter les arts fondés sur des mots, et surtout cette compétence [4] qui consiste à procéder selon des règles générales et infaillibles, appelée science, que très peu possèdent, et seulement sur peu dechoses, qui n'est ni une faculté innée née avec nous, ni une faculté acquise en s'occupant de quelque chose d'autre, comme la prudence, je trouve une plus grande égalité entre les hommes que l'égalité de force. Car la prudence n'est que de l'expérience qui, en des temps égaux, est également donnée à tous les hommes sur les choses auxquelles ils s'appliquent [5] également. Ce qui, peut-être, fait queles hommes ne croient pas à une telle égalité, ce n'est que la conception vaniteuse [6] que chacun a de sa propre sagesse, [sagesse] que presque tous les hommes se figurent posséder à un degré plus élevé que le vulgaire, c'est-à-dire tous [les autres] sauf eux-mêmes, et une minorité d'autres qu'ils approuvent, soit à cause de leur renommée, soit parce qu'ils partagent leur opinion. Car telle estla nature des hommes que, quoiqu'ils reconnaissent que nombreux sont ceux qui ont plus d'esprit [qu'eux-mêmes], qui sont plus éloquents ou plus savants, pourtant ils ne croiront guère que nombreux sont ceux qui sont aussi sages qu'eux-mêmes; car ils voient leur propre esprit [7] de près, et celui des autres hommes de loin. Mais cela prouve que les hommes sont plutôt égaux qu'inégaux sur ce point.Car, ordinairement, il n'existe pas un plus grand signe de la distribution égale de quelque chose que le fait que chaque homme soit satisfait de son lot [8].

De cette égalité de capacité [9] résulte une égalité d'espoir d'atteindre nos fins. Et c'est pourquoi si deux hommes désirent [10] la même chose, dont ils ne peuvent cependant jouir [11] tous les deux, ils deviennent ennemis; et,pour atteindre leur but (principalement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu'ils savourent [12]), ils s'efforcent de se détruire ou de subjuguer l'un l'autre. Et de là vient que, là où un envahisseur [13] n'a plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, si quelqu'un plante, sème, construit, ou possède un endroit [14] commode, on peut s'attendre à ce qued'autres, probablement, arrivent, s'étant préparés en unissant leurs forces [15], pour le déposséder et le priver, non seulement du fruit de son travail, mais aussi de sa vie ou [16] de sa liberté. Et l'envahisseur, à son tour, est exposé au même danger venant d'un autre.

Et de cette défiance de l'un envers l'autre, [il résulte qu'] il n'existe aucun moyen pour un homme de se mettre ensécurité [17] aussi raisonnable que d'anticiper [18], c'est-à-dire de se rendre maître, par la force ou la ruse [19] de la personne du plus grand nombre possible d'hommes, jusqu'à ce qu'il ne voit plus une autre puissance assez importante pour le mettre en danger; et ce n'est là rien de plus que ce que sa conservation exige, et ce qu'on permet généralement. Aussi, parce qu'il y en a certains qui,...
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