Hugo - les orientales, l'enfant

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  • Publié le : 26 janvier 2009
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Le poème « l’enfant » est tiré du recueil « Les Orientales ». Victor Hugo a écrit ce recueil dans un contexte bien particulier.
En effet, en 1829, l’Orient répond au goût de l’époque. « Les Orientales » vont séduire tous les amateurs d’exotisme, et reflètent la volonté de Victor Hugo de peindre l’Orient, qui l’attire depuis de nombreuses années.
Mais elles vont séduire également lespartisans de l’indépendance grecque. C’est un sujet d’actualité car les Grecs se sont révoltés contre les Turcs et l’Europe a pris fait et cause en faveur des insurgés. En outre, le massacre par les Turcs des habitants de l’île de Chio avait inspiré quelques années auparavant un célèbre tableau à Delacroix. Ainsi, dans ce poème, Victor Hugo, une fois encore, fait état de ses opinions politiques et mêmephilosophiques, car pour lui le poète peut se mêler de tout.
Dans ce poème coloré comme un tableau et à la versification parfois stupéfiante, on peut remarquer trois axes de lecture tels que La Guerre, La Nature et La Jeunesse.

La Guerre a beau être l’axe principal de ce poème, et notamment parce que V. Hugo veut en dénoncer les méfaits, elle est en même temps évoquée de manière souventimplicite. On peut y reconnaître un procédé du poète pour à la fois faire réfléchir son lecteur, mais aussi ce faisant en faire son complice et le rallier à sa noble cause : lutter contre la guerre et ses conséquences.
En effet la guerre n’est jamais évoquée telle quelle. Seul le premier hémistiche du premier vers de la première strophe nous fait comprendre qu’une terrible bataille a eu lieu. Cetteellipse « les Turcs ont passé là » induit une impression d’accélération et de densité qui pousse le lecteur à deviner le pire, d’autant que l’autre hémistiche du vers et le vers suivant sont au présent, au contraire des quatre autres vers, présent qui rend le lecteur une fois encore presque témoin de la scène. L’utilisation de ce temps donne une impression non plus de description à distance maisde présence.
Le lecteur est également aidé dans cette entreprise par la suite grâce aux oppositions plus ou moins suggérées avec une Nature idyllique : « ruine et deuil », s’opposant aux danses, chants, palais, c’est-à-dire aux éléments du bonheur qui régnaient dans l’île, « sombre écueil » s’opposant au soleil qui rendait nécessaire les « charmilles », mais permettait également aux habitants deChio de faire mûrir leurs vignes et de contempler leur bonheur dans les « flots ».

Cependant, à chaque strophe, un élément vient rappeler les combats : la « ruine et [le] deuil », le « désert », les « pleurs », le « fer », les « chagrins » et pour finir « le poudre et [les] balles ».
Seuls subsistent ainsi les mots chargés de sens, comme si la guerre, impossible à décrire, relevait del’indicible. Cette difficulté à dire l’horreur, V. Hugo la retrouve chez Shakespeare, dont il met en exergue au début de son poème quelques mots de Macbeth, qui explore les plus vils tréfonds de l’âme humaine.

Or la guerre reflète aussi les sinistres profondeurs de l’être humain. Il semble falloir être un monstre pour décider ou faire la guerre.
Ainsi, l’ellipse initiale frappe aussi par le sentimentd’implacabilité et d’impitoyabilité qu’elle dégage, comme si le guerrier n’était plus un homme mais une machine dénuée de raison et de sentiment. D’ailleurs, l’allitération en K dans la première strophe (turcs, chio, qu’ qui, coteaux, quelquefois, chœur) renforce cette impression de dureté.
En outre, la guerre ici a ravagé une île grecque. Or la Grèce était considérée comme le berceau de lacivilisation et de la démocratie, et détruire ce berceau, c’est également détruire ce qui est humain en l’homme, c’est-à-dire les arts et les sciences qui différencient l’homme de l’animal. Il ne reste alors que « le roc anguleux », évocateurs des premières cavernes.



Mais la Guerre ne détruit pas seulement les hommes, mais aussi la terre qui les porte, autrement dit la Nature. La Nature...
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