Hume

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  • Publié le : 17 octobre 2010
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De la raison des animaux.
Juste au-dessous du ridicule attaché au fait de nier une vérité évidente, se trouve celui qui consiste à prendre beaucoup de peine pour la défendre; et aucune vérité ne me paraît plus évidente que de dire que les bêtes sont douées de pensée et de raison tout comme les hommes. Les arguments sont dans ce cas si manifestes qu'ils ne peuvent échapper à l'homme le plusstupide et le plus ignorant.
En adaptant des moyens à des fins, nous avons conscience d'être nous-mêmes guidés par la raison et l'intention, et de ne pas accomplir sans le savoir ni sans le vouloir ces actions qui tendent à assurer notre propre conservation, à obtenir le plaisir et à éviter la douleur. Par conséquent, lorsque nous voyons d'autres créatures, en des millions de cas, accomplir desactions semblables et les diriger vers des fins semblables, tous nos principes de raison et tous nos principes de probabilité nous poussent avec une force invincible à croire à l'existence d'une cause semblable. Il n'est pas besoin, à mon sens, d'illustrer cet argument par l'énumération de cas particuliers. L'attention la plus légère nous en fournira plus qu'il n'est nécessaire. La ressemblance entreles actions des animaux et celles des hommes est si complète sur ce point que la première action venue du premier animal qu'il nous plaira de choisir nous offrira 'un argument incontestable en faveur de la présente doctrine.
Cette doctrine est aussi utile qu'évidente, et elle nous procure une sorte de pierre de touche, au moyen de laquelle nous pouvons mettre à l'épreuve tous les systèmes existantsdans ce genre de philosophie. C'est d'après la ressemblance des actions extérieures des animaux avec celles que nous accomplissons nous-mêmes que nous jugeons que leurs actions internes ressemblent également aux nôtres, et le même principe de raisonnement, poussé un peu plus loin, nous fera conclure que, puisque nos actions internes ressemblent les unes aux autres, les causes dont elles procèdentdoivent aussi se ressembler. Donc, quand une hypothèse est avancée pour expliquer une opération mentale commune aux hommes et aux animaux, nous devons l'appliquer aux uns et aux autres, et de même que toute hypothèse vraie supportera cette épreuve, je peux prendre le risque d'affirmer qu'aucune hypothèse fausse ne saura jamais l'endurer. Le défaut commun des systèmes dont les philosophes se sontservis pour expliquer les actes de l'esprit, c'est qu'ils supposent une subtilité et un raffinement de pensée qui dépassent non seulement la capacité des simples animaux, mais aussi celle des enfants et des gens ordinaires de notre propre espèce, qui sont cependant susceptibles des mêmes émotions et des mêmes affections que les personnes d'un génie et d'un entendement des plus accomplis. Une tellesubtilité prouve clairement la fausseté d'un système, comme le contraire, la simplicité, en prouve la vérité.
Soumettons donc notre présent système sur la nature de l'entendement à cette épreuve décisive, et voyons s'il expliquera les raisonnements des bêtes tout comme ceux de l'espèce humaine.
Il nous faut faire, ici, une distinction entre les actions des animaux qui sont d'u ne naturevulgaire et semblent être du même niveau que leurs capacités ordinaires, et les exemples plus extraordinaires de sagacité qu'ils manifestent quelquefois en 'faveur de leur propre conservation et de la propagation de leur espèce. Un chien qui évite le feu et les précipices, qui fuit les étrangers et recherche les caresses de son maître, nous offre un exemple du premier genre. Un oiseau qui choisit avectant de soin et de subtilité l'emplacement et les matériaux de son nid, qui couve ses œufs pendant le temps qu'il faut et durant la saison qui convient, avec toute la précaution que peu: mettre un chimiste à l'expérimentation la plus délicate, nous donne un vivant exemple du second.
Pour ce qui f:st de la première sorte d'actions, j'affirme qu'elles procèdent d'un raisonnement qui, en lui-même,...
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