Hysterie masculine

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  • Publié le : 9 août 2010
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L’hystérie, masculine

« J’ai confiance en moi. L’homme est un mystère. Il faut le percer et, si cela demande toute la vie, qu’on ne dise pas qu’on a perdu son temps. Pour moi, je travaille ce mystère, car je veux être un homme. » Dostoïevski, lettre à son frère, août 1839

Précaution : mon propos serre un impossible, qu’il est impossible d’analyser le père.« On n’analyse pas le père », disait Lacan, sauf que le traitement de cet impossible est toujours la cause de nos disputes et de nos divisions car il autorise plus d’une sortie de la cure. Fort cependant d’une remarque d’Eric Porge concernant ce que nous faisons avec les textes freudiens (Essaim 19) et de ce que Lacan dit de lui-même, le Freud que j’entends vous présenter est un Freud analysant, demême, par conséquent, mon propos, qui pense avec et contre lui.

Exit l’hystérie. La grande névrose n’existe pas. C’est un effet de ce qu’on appelle le « progrès », je veux dire, la censure et, donc, d’un échec, le nôtre, à relever ce qui nous fait horreur et nous fait reculer devant notre acte : savoir y faire avec ce qui tombe mal, le « méchant ».[1] L’exhibition des sentiments qui s’étalepartout jusqu’à dégouliner de la radio, de la télévision ou d’Internet n’est ni le fait de la radio, ni le fait de la télévision, ni le fait d’Internet, mais un fait de discours. Eva Illouz pense plutôt que « la sentimentalisation de la sphère publique »[2] est la résultante de l’action conjointe de trois discours, le discours du management, le discours psy et le discours féministe.[3] Lacombinaison du savoir psy, du féminisme et de la démocratisation des relations de travail a placé le Moi au centre d’une procédure de « reconnaissance » publique régie par les valeurs d’égalité et de justice.
Des différents modes d’assujettissement du sujet, l’hystérie est le plus labile et le plus subversif. Le plus labile, parce qu’il colle au discours et qu’à ainsi coller au discours il prendl’« erre » du temps et, tant qu’il ne se prend pas les pieds dans le Moi, le plus subversif. Le plus subversif, parce qu’il « atteste, selon Lacan, en clair de l’inconscient »[4] et qu’il ne cesse pas de s’inventer. L’hystérique ne s’intéresse pas tant au désir qu’à ce qui fait autorité, nommément, la jouissance. Sa question concerne un manque, un manque imaginaire, sans doute, mais un manque, qu’on peutcombler, d’où mon argument : l’hystérie virgule masculine. Cet argument me permettra d’éprouver une double thèse, que l’hystérie est une opération créationniste d’appropriation subjective qui peut se confondre avec la transmission de la psychanalyse.[5] Il se décompose suivant trois autres arguments, que l’hystérie est la condition sine qua non de la psychanalyse, que l’hystérique ne fait l’hommequ’à fabriquer de l’Homme, lequel, pas davantage que La femme n’existe en sorte que d’hystérie, il n’y en a qu’une, la masculine, enfin, que l’hystérie signifie, n’avoue, ni ne cache, un forfait, une appropriation créationniste. D’un côté, l’hystérique témoigne à son corps défendant d’un impossible, qu’il est impossible de « suppléer à la femme qui n’existe pas, comme La ». De l’autre côté, il verse« dans l’ornière du Nom-du-Père, du père en tant que nommant » à « tirer son épingle phallique du jeu ».[6]

La relation de voyage : l’acte de naissance d’un nouvel h(éros)

De retour à Vienne, après cinq mois passés auprès de Charcot à Paris (d’octobre 1885 à fin février 1886) et un détour par Berlin pour une visite privée de quelques jours au service de la « Charité » des docteurs RobertThomsen et Hermann Oppenheim, Freud rédige un rapport d’étude sur son séjour scientifique à Paris qu’il présente le 5 octobre 1886 à la Société royale-impériale de médecine de Vienne sous le titre « De l’hystérie masculine ». Il y traite d’un cas qu’il a pu observer chez Charcot. Le cas qu’il a retenu est celui d’un jeune homme atteint d’une paralysie d’un bras après qu’il soit tombé...
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