Il fait trop chaud

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  • Publié le : 6 avril 2011
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Il fait trop chaud pour réaliser...

Nous sommes tous là à ce mauvais rendez-vous que tu nous a donné.

Voilà cinq longues années que tu as été obligé de quitter la maison familiale pour une raison extrémiste qu’en cachait bien d’autres, plus intimes, plus établies que celle pour laquelle ces dernières années tu t’es obligé à dormir à la belle étoile, ou chez quelque ami qui te prêtait dansson « bouge », un mauvaise paillasse, un godet de gros rouge, la chaleur de son amitié. Te voyant rejeté par l’épouse que tu aimais encore, tu t’es cru rejeté de chacune des personnes qui gravitait autour de vous deux... Sais-tu combien il était dur, en ces heures, de croiser le goût de ton regard quand celui-ci croisait le mien : il fuyait, il était chargé de honte de la représentation que tusupposais me donner de ta personne. N’auras-tu donc jamais compris le profond respect que je te portais, même en étant devenu ce que tu étais.. ? Vois-tu, tout homme à un cœur, une âme, et ce n’est pas comme il se montre, comme il est devenu qui doit le perdre aux yeux de ceux qui ont encore envie de l’aimer... L’Amour est naturel, mais se sert aussi des envies d’aimer...

Tu n’as eu qu’une fille..J’étais ton fils... Bien plus que ne l’était mon frère que tu as aussi élevé mais qui, avec six ans d’avance sur moi, n’a jamais pu sentir la même fièvre du père que tu as été envers moi... Tu as pris le train de sa vie à la gare de ses neufs ans ou dix ans, alors que je lançais moi-même ma motrice avec un retard de six ans sur lui... Des deux trains, tu as été le seul vrai conducteur...lesais-tu ? Cathy est sortie de son usine lors de mon treizième rodage. Grande différence d’âge entraînant des différences de points de vue.. C’est peut-être la seule explication que je peux apporter au déroulement de cette soirée qui fera date dans ma vie, comme étant celle de ma naissance véritable, en rabaissant ma fierté au profit de la vérité de la vie. A dix-huit ans, du haut de ce grand et bel âge,on sait tout, on a tout vu, on connaît tout la force, le savoir, l’assurance... Aujourd’hui il me plaît à me rappeler cet instant dramatique... Probablement , pour toi encore...

Ma mère était dans la cuisine, ce samedi soir là, préparant la suite du repas. L’humeur ambiante qui flottait, prédisposait d’un naturel de week-end habituel, sans grande ferveur, avec peu de discussion, et l’éternel« poulet - frites » du dimanche, le tout animé de sa solide voix portante et coléreuse. Seuls, dans la salle à manger, nous étions tous les deux assis à table. La télé ne devait pas marcher ce soir là, sinon peut-être je serai devenu voyou, taulard ou clocheton. Toujours «est-il que l’écran diabolique ne dégueulait pas ses fadaises. Ca manquait singulièrement d’animation.
Je ne sais plus sur quoi estparti notre discussion et ça n’a que peu d’importance, quand Maman est venue apporter ce bout de semelle baignant dans son flot d’huile, se déchargeant de la poêle à ton profit. Repartie faire cuire autre chose, tu m’as alors pris à parti, sûrement sur un thème qui devait te tenir à cœur avant que d’être interrompu par la « livraison », ce, violemment jusqu'à m’injurier, comme on injurie un jeunequi exaspère... Il est parti quelques phrases soignées, probablement, de celles qui existent uniquement pour faire mal et non pour faire avancer une discussion, chose qu’on ne sait pas faire dans la famille, et tout en me demandant de ravaler mes paroles, tu m’as menacé de me talocher le visage avec la poêle à frire, steak dans l’emballage final.. Ce qui a dû me faire durement réagir alors, cequi, assurément n’a pas du te plaire.. ! ! Je n’ai eu qu’à baisser la tête pour ne pas prendre un béret de viande rouge, peinture sans pot ni pinceau .. !Un steak qui vole un soir de Juin n’est-il pas un moment privilégié de la vie, autant que sublimement vexant  quand l’envoi vous est adressé ?..
Du haut de ma bêtise, et de toute ma juvénile impulsion, ma main gauche a empoigné ton col de...
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