Il ne peut y avoir de morale scientifique, mais il ne peut pas non plus y avoir de science immorale

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  • Publié le : 11 novembre 2009
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"Il ne peut y avoir de morale scientifique, mais il ne peut pas non plus y avoir de science immorale"
Henri Poincaré

La cohabitation de l’homme en une société opposant intérêt privé et intérêt collectif, et son évolution grâce à son environnement, ont très tôt posé le problème de la moralité du progrès scientifique. Pour bien appréhender cette phrase, une compréhension claire des diversconcepts est nécessaire.
Poincaré, dans sa légendaire connaissance des sciences, n’a pas rejeté les aspects moins théoriques de la science. La philosophie de la science l’a toujours intéressé, il a même publié La Science et l'Hypothèse (1903), la Valeur de la science (1905) et Science et Méthode (1908). Cette phrase va poser le problème essentiel des relations entre science et morale.
La science estun ensemble de connaissances vérifiables par l'expérience, l'observation et le calcul. Ces connaissances ne reposent que sur une démarche scientifique rigoureuse, universelle, sans utilisations d'éléments a priori dans l'interprétation des résultats. Les résultats sont donc objectifs, universels, et considéré comme émanations de la réalité.
La morale est plus difficile à définir. Est-elle unensemble de règles de conduite et de mœurs considérées comme bonnes et devant être appliquées en société ou est-elle toute influence d'ordre mental par laquelle on peut modifier plus ou moins profondément la nature humaine dans le but de la rendre conforme à un idéal déterminé ? De tout point de vue la morale est un concept subjectif, qui dépend entièrement de la personne, de la situation et del’époque.
Un développement historique permet de mieux comprendre l’ambiguïté d’un jugement particulier sur une science universelle :

La question morale est apparue en même temps que l’homme ; les critères religieux ou les croyances l’ont obscurcie, mais fondamentalement il est de la nature de l’homme de questionner ses actions. La moralité est une façon de réguler les mœurs, en utilisant des critèresreconnus par l’ensemble du groupe ; on punit ainsi toute action considérée comme "mauvaise" tout en gratifiant toute "bonne action". La religion chrétienne a remplacé les cultes païens, mais le même contrôle exercé par une autorité spirituelle sur les actions est demeuré. L’homme a perdu en liberté ce qu’il a gagné en moralité. La morale occidentale a pris naissance dans l’apparition duchristianisme, alors que les actions de l’homme, initialement jugées par la communauté, assujettissent l’homme à un Dieu.

Les sciences sont apparues en même temps que l’homme a pris conscience de son environnement et a commencé à le modifier, en même temps qu’il s’y adaptait aussi. L’homme, pour utiliser ses connaissances, a dû les systématiser. Mais il a fallu attendre le 18ème siècle pour unerationalisation des sciences. Le siècle des Lumières a séparé a priori et a posteriori, préconception et expérimentation. La procédure scientifique date donc de ces premiers philosophes rationalistes qui préféraient une réalité tangible et universelle aux préjugés existants. Au 18ème siècle, la science devient donc un domaine indépendant de toute morale et autre considération d'ordre subjectif."Science sans conscience n'est que ruine de l’âme" disait Rabelais au 16ème siècle, appuyé en cela par Stanislas de Bouffler, qui pensait : "la morale doit être l'étoile polaire de la science". Dans sa dimension théorique, la science ne se doit certes pas dépendre de critères moraux sociaux ou religieux pour garder de cette objectivité qui la caractérise. Mais les philosophes du 18ème siècle, philosophesdu rationalisme, n’ont jamais négligé la dimension humaine nécessaire à toute science. Les sentiments étaient inclus dans le rationalisme de la science, et peu pensaient que l’un pouvait exister sans l’autre. L'émergence, au 19ème siècle, de nouvelles valeurs, alors même que la société évolue, mène à une autre conception de la morale. Elle perd de son importance, même si le 19ème siècle est...
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