Il n'y a pas d'amour heureux. aragon: analyse

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  • Publié le : 16 septembre 2010
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IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX
MAIS C'EST N0TRE AMOUR À TOUS DEUX

Analyse

Comme il n’est pas possible à deux êtres qui s’aiment de vivre dans une fusion complète, d’être constamment présents l’un à l’autre, de maintenir l’intensité que leur sentiment a déjà atteinte, comme le lien est toujours rompu même s’il n’est jamais anéanti, le doute, l’incertitude, l’inquiétude s’immisçant, iln’y a pas d’amour heureux.
Cette constatation, Aragon la fit en vivant son amour pour Elsa Triolet, leur couple, très uni, ayant été l’un des plus célèbres du XXe siècle. Il est marqué aussi par l’époque où il fut composé : juste avant la Deuxième Guerre mondiale.
On constate encore ici qu’il était revenu à la prosodie classique, du moins en ce qui concerne le mètre, des alexandrins étantorganisés en quintils, le premier et le dernier vers, qui riment, encadrant trois vers aux rimes semblables, suivis d’un octosyllabe qui est aussi un refrain. Du fait de cette variation de mètres, ces strophes peuvent être considérées comme élégiaques, qualificatifs qu’on applique à celles, par exemple, du “Lac” de Lamartine et de “Tristesse d’Olympio” de Victor Hugo. Mais Aragon continua à supprimerla ponctuation, bien que les majuscules à l’intérieur des vers découpent des phrases.

Premier quintil

Il est dominé par le sentiment de l’impuissance de l’être humain sur son destin dont la dureté est rendue par des sons durs, des mots à la rime qui contiennent tous des «r».
Vers 1 : Par une négation initiale encore répétée, ce qui renforce le caractère catégorique, est refusée à l’êtrehumain toute certitude. Or le bonheur tient justement à la stabilité, à la quiétude, à la satiété. La répétition du son «a» renforce le caractère catégorique de l’assertion. Si le peu de fond à mettre sur la force est facile à admettre, l’enjambement crée une surprise et....
Vers 2 : La faiblesse elle-même est incertaine et ce vers coupé, malgré l’absence de ponctuation, aboutit à un autreenjambement, donc à une autre surprise possible.
Vers 3 : Et, en effet, la valeur positive d’«ouvrir ses bras» (sous-entendu : à l’être aimé), signe d’accueil, est habilement contredite par l’effet objectif qu’a ce geste, la croix étant pour les chrétiens symbole de supplice, de souffrance, de mort. La rime est particulièrement riche et sera encore présente à l’intérieur du vers suivant.
Vers 4 : «Serrerson bonheur» marque l’avidité de l’amour trop égoïste, trop exclusif, qui aboutit à un échec, à sa destruction même, le lien inéluctable étant indiqué par les rimes intérieures.
Vers 5 : Le divorce est celui entre les aspirations et la réalité, ce mot à la rime venant contredire le mot à la rime au premier vers : «force».
Le refrain est une maxime, exprime une vérité générale, connue de touteéternité, avec une sorte de ricanement, les monosyllabes du début étant détachées l’une de l’autre comme dans une sorte de verdict fataliste.

Deuxième quintil

Il est dominé par le sentiment de l’absurdité de la vie exprimé avec une sorte d’acceptation, de résignation.
Vers 1 : La reprise de «sa vie», renforcée encore avec «elle», donne un nouvel élan, mais qui retombe vite à cause de «cessoldats», instruments sans volonté et, qui plus est, ne servant même pas à ce à quoi ils sont censés servir puisqu’ils sont «sans armes». Ce sont, en effet, les soldats de la «drôle de guerre» pour laquelle, avant la Deuxième Guerre mondiale, on a mobilisé des hommes (Aragon lui-même) qu’on n’a pas fait combattre, qui sont restés dans un désoeuvrement permettant de jeter un regard sur sa vie. Lasévérité du constat est rendue par des «s» coupants, et l’appesantissement est accentué par la répétition des sons «sem-sans».
Vers 2 : Les soldats ont bien reçu un uniforme (c’est-à-dire un rôle : la métaphore du théâtre est fréquente chez Aragon pour signifier la vie), mais leur destin n’est pas guerrier : c’est une illustration du «divorce» évoqué précédemment.
Vers 3 : «Se lever matin» est...
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