Incipit condition humaine malraux

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  • Publié le : 20 mai 2010
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HÉROS ET ANTI-HÉROS DANS LE ROMAN DU XIXÈME ET XXÈME SIÈCLE
LECTURE ANALYTIQUE N°3 : André MALRAUX, La Condition humaine, 1933 (incipit)

INTRODUCTION 
Présentation générale : André Malraux (1901-1976) est un écrivain, romancier du XXème siècle. Auteur de romans célèbres comme La Voie royale (1930) où il y transpose ses aventures en Indochine et L’Espoir (1937) qui rapporte ses combats auprèsdes républicains espagnols, Malraux publie La Condition humaine en 1933 qui inscrit la Chine et ses soubresauts comme toile de fond de l’œuvre et met aux prises communistes et nationalistes. Malraux fut aussi ministre de la culture du Général de Gaulle de 1959 à 1969.
Caractérisation de l’extrait : Il s’agit ici de l’incipit du roman. Tchen, un communiste chinois, a été choisi pour éliminer untrafiquant d’armes afin de récupérer un ordre de vente.
LECTURE DU TEXTE
Problématique : Quels sont les enjeux de cet incipit ? Dans quel espace romanesque fait-il entrer le lecteur ?
Annonce du plan :
1. Un incipit sous le signe de la tension : l’entrée dans le roman.
2. Un personnage sous le signe de l’angoisse : l’entrée dans une conscience.

1. Un incipit sous le signe de la tension :l’entrée dans le roman
a) Le cadre spatio-temporel
Conformément aux fonctions traditionnelles d’un incipit, cette première page fournit au lecteur des indications spatiales et temporelles.
Les indications temporelles : On remarque que celles-ci sont données de manière originale, comme une page de journal intime voire comme un reportage minuté avec précision. On a la date « 21 mars 1927 » et l’heure« minuit et demi ». Au fil du texte, on relève des occurrences du mot « nuit » (20, 32) en cohérence avec la suscription (cela veut dire : ce qui est inscrit au-dessus du texte). Les allusions au sommeil vont dans ce sens : « le sommeil » (8), « des ennemis éveillés » (15) par antithèse. Minuit est également une heure connotée puisqu’elle est communément appelée l’heure du crime. C’est le sujetdu texte.
En ce qui concerne les indications spatiales : elles apparaissent discrètes voire elliptiques. Le lecteur est réduit à faire des suppositions. Nous sommes dans une ville moderne (« building voisin », « voitures », « klaxons »). Par ailleurs, l’onomastique (Tchen) nous donne à penser qu’il s’agit d’une ville d’Asie, comme Shanghaï par exemple. Le reste du décor est réduit à des élémentsqui épousent le point de vue limité du personnage : le lit et la moustiquaire, le pied de l’autre protagoniste.

b) La dramatisation : une action suspendue
Il s’agit d’un temps fort de l’œuvre, un meurtre, que Malraux cherche à dramatiser au maximum.
On note une entrée « in medias res » : le lecteur est plongé au cœur de l’action et du drame. Deux verbes au conditionnel, deux questionsrhétoriques miment l’attente insoutenable et créent le suspens narratif : « tenterait-il », « frapperait-il ». Le lecteur est aussi placé du côté du protagoniste sans en avoir de présentation ou même de portrait préalable. De ce point de vue, le romancier s’écarte de l’incipit traditionnel. La victime est réduite à un corps, « un pied » (7, 12, 25) qui est une synecdoque, voire à une « ombre » (6).
Ladramatisation est soutenue par un temps ou une temporalité suspendue. Alors que le texte se présente comme une sorte de reportage à l’action minutée, on a un personnage immobile. Il y a une tension entre les passés simples (« grincèrent », « retomba », « fit »…) et un imparfait pesant, qui montre un personnage englué (« tordait », « était », « venait », « répétait »…).
À la manière d’un film, lascène s’offre comme un arrêt sur image d’un homme qui lève son poignard au-dessus du lit. Le cinéma a beaucoup influencé Malraux : il a tourné une adaptation de son roman L’Espoir en 1938. L’atmosphère de l’incipit rappelle une esthétique cinématographique, notamment celle des films en noir et blanc d’Orson Welles (Citizen Kane, La Dame de Shanghai) ou de Fritz Lang (M le maudit).

c) Tchen,...
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