Incipit de l'etranger

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  • Publié le : 23 mai 2011
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LA. Incipit
L’Etranger, Albert Camus
L’incipit occupe dans l’économie de l’œuvre une place privilégiée. C’est la 1ere rencontre entre le lecteur et l’univers du texte.
A.Del Lungo dit « C’est le moment de passage problématique du silence à la parole et le moment de contact entre le destinateur et le destinataire. »
L’incipit répond à 3 contraintes :
- il informe le lecteur en mettant enplace les lieux, les personnages et la temporalité du récit.
- il suscite son intérêt par divers procédés comme l’adresse au destinataire, l’entrée in medias res.
- et noue le pacte de l’écriture (surprenant, rythmé).

Introduction :
A la fois journaliste, romancier, dramaturge et essayiste, Albert Camus, 1913-1960, est l’une des grandes figures de la vie intellectuelle française dans lesannées 40-50. Pied noir, il a vécu son enfance sous le soleil et dans la misère de l’Algérie à laquelle il restera profondément attaché. Pour cet athée, l’homme est réduit à constater que son existence n’a aucun sens. L’Etranger, achevé en 1940, est publié en 1942 en même temps que Le Mythe de Sisyphe, transpose dans le genre romanesque les fondements de la philosophie camusienne à savoirl’absurde. Ce roman met en scène Meursault, narrateur personnage, modeste employé de bureau, qui vit à Alger. Meursault raconte son existence médiocre à partir de la mort de sa mère jusqu’à sa propre exécution. Le passage qui nous intéresse constitue l’incipit du roman avec sa phrase devenue célèbre « Aujourd’hui, maman est morte. ». Le lecteur est jeté d’emblée dans une technique narrative particulièrequi amène à se demander : Qu’y a-t-il de troublant dans cet incipit ?
I/ Une écriture originale

L’incipit présente de nombreux aspects du journal intime qui retienne le lecteur dans la situation d’énonciation. Tout d’abord, l’emploi de la 1ere personne (ex : l.2 « je ne sais pas », l. 3, l.4). L’emploi du temps du discours (présent, passé composé, futur simple. l.7-8, l.14-15, l.2) inscritl’énoncé dans la situation d’énonciation. Enfin, l’emploi des adverbes de temps repéré par rapport au moment de l’énonciation « aujourd’hui » l.1, « hier » l.2, « après-demain » l.20, souligne la ressemblance avec un récit fait au jour le jour. Mais c’est un journal qui se contente de constater les faits sans s’attarder.
Meursault dit l’essentiel, ne s’encombre pas de détails, et les allusionsattendues concernant le cadre spatio-temporel sont assez restreintes par rapport à un incipit traditionnel.
Tout d’abord, c’est au lecteur de supposer que Meursault est à Alger (l.7-8). De même, le lecteur ignore ce qui s’est passé avant aujourd’hui (l.1). Le passé restera flou : « Savons-nous de quoi est morte maman ? ».
L’avenir également est très limité (l.10, l.20 « A deux heures »). Toutconcourt à vivre au présent.
Aucune description des personnages (mère, Céleste, patron, militaire…). Plutôt logique ici car il écrit sans recul mais sur le moment, alors y a-t-il besoin de se représenter des personnes toujours présentes ?
Le télégramme, dès le premier paragraphe, avec sa formule décalée « Sentiments distingués » annonçait en quelques sortes la sobriété de l’écriture. Seules comptentles actions dont l’importance est renforcée par leur succession mécanique qui frappe le lecteur (l.42).
L’incipit offre une parole concise, une écriture blanche, sans sentiments, qui laisse le lecteur sans voix, tentant d’interpréter les silences.
II/ qui dévoile un personnage déroutant

Le ton monotone ressentit dès la première phrase « Aujourd’hui, maman est morte. » et qui se propagetout au long du passage (« j’ai pris le bus à 2h » l.26 est de même nature) donne à voir un narrateur à la fois apathique et troublant.
Tout d’abord, l’annonce de la mort de sa mère (évènement au cœur de l’histoire) montre que Meursault, le fils, s’accommode facilement des évènements douloureux. Ce qui le trouble n’est pas le décès mais la date du décès « Hier » ? « Aujourd’hui » ? Il n’en...
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