Industries culturelles

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  • Publié le : 6 décembre 2010
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Industries culturelles

1. Le concept d’industries culturelles est élaboré dans les années 40 par Théodor Adorno et Max Horkeheimer. Pour ces auteurs de l’École de Francfort, fortement inspirés de Marx et de Freud, il s’agit d’une expression regroupant l’ensemble des activités et techniques qui reproduisent massivement les œuvres culturelles, selon les principes de rationalisation et destandardisation. La production de l’art suit les mêmes critères que la production industrielle. Ainsi, la technique et son rôle dans le système capitaliste conduiraient à une dépravation de la culture. Adorno affirme que «cette culture ne nourrit les hommes que de stéréotypes».
La conjonction entre art et technique et la réflexion sur le caractère d’unicité de l’œuvre n’avaient pas échappé à WalterBenjamin. Dans un texte célèbre intitulé «L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée», publié en 1936, Benjamin y analysait comment le principe même de la reproduction en série, notamment la photographie, entraîne la déchéance de l’aura de l’œuvre et la dissolution éventuelle d’une expérience authentique.
2. Le débat qui s’est instauré depuis sur les industries culturelles se superpose audébat sur une notion qui lui est directement liée celle de « culture de masse ».
Roland Barthes au début des années 60 rejoint la pensée de l’École de Francfort en opposant culture de masse et culture cultivée. D’un côté on aurait une culture de la classe des “élites“ et de l’autre une culture tirée “vers le bas“, phénomène propagandiste d’homogénéisation dont les moyens de diffusion réduiraientla qualité de l’œuvre.
3. Edgar Morin dans L’Esprit du temps(1962) soutient que la culture de masse n’est pas une forme de culture inférieure ou dégradée sur une échelle qui serait dominée par l’art et la littérature « savante » ; qu’elle n’est pas non plus, au sens ethnologique, une culture spécifique à un groupe particulier (elle n’est pas la forme contemporaine d’une « culture populaire ») ;mais qu’elle est une culture au sens anthropologique, c’est-à-dire un ensemble singulier de représentations du monde issu d’un mode spécifique de production et prétendant articuler les dimensions individuelles et collectives, réelles et imaginaires, de l’existence. Autrement dit, tout comme il existe une « culture nationale » produite par l’école, une « culture religieuse » produite par l’Église,une « culture humaniste » produite par l’art et la philosophie, il existe une « culture de masse » produite par les industries culturelles, qui « se surajoute » aux premières : si elle n’est pas la « seule culture du XXe siècle », elle est « le courant véritablement massif et nouveau du XXe siècle“.
Pour Edgar Morin : la culture de masse naît de la rencontre des techniques de communication, dumarché de la consommation et de la démocratie de masse. La culture de masse est un rapport au monde esthétique et désenchanté. La culture de masse est réaliste. Le mythe du bonheur individuel est subversif. Les mythes de la culture de masse sont réversibles.
Dans les débats des années 60, beaucoup d’auteurs soulignèrent l’absence de définition claire de la notion de masse, celle-ci renvoyant tantôtà l’ensemble de la population, tantôt à sa composante populaire. Ce fut le cas en 1963, par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dans un article intitulé «Sociologues des mythologies et mythologies des sociologues ».
4. Plus tard, Hannah Arendt en 1972, soutiendra l’idée que la culture de masse n’est pas une forme dégradée de la culture du fait de son extension ; elle le devient «quand cesobjets eux-mêmes sont modifiés, réécrits, condensés, digérés, réduits à l’état de pacotille pour la reproduction et la mise en image».
Cette notion de «masse», reste toujours ambiguë, voire idéologique et se prête à plusieurs critiques : d’une part elle semble toujours se définir par rapport à une autre culture supérieure, et d’autre part elle ne tient pas compte de la diversité des publics et de...
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